#HadoPipo – Les nouveaux enjeux du monde de la musique…

Je ne suis ni journaliste, ni blogueur mais musicien, la musique est pour moi une passion, un sacerdoce.
A l’instar de la recherche scientifique, je crois que c’est une discipline qui amène dans la société des idées créatives, portées par des compositeurs et des interprètes. En dehors du monde de la musique, j’ai pu côtoyer de nombreuses personnes aux activités variées dans de nombreux domaines.
Toutes paraissaient surprises du peu de solidarité qui existe au sein du monde artistique et en particulier chez les musiciens. Un milieu éclaté en de multiples individualités qui certes sont souvent géniales, mais qui malheureusement, dans le monde globalisé où nous vivons, ne peut plus répondre aux enjeux qui le traversent.

La France et les pays occidentaux vivent une crise culturelle sans précédent. Cette crise, amplifiée par l’émergence et l’emploi massif des nouvelles technologies, vient bouleverser les équilibres du XXème siècle. Les gouvernements cherchent et doivent s’adapter, la société civile réagit et se transforme, cependant c’est toujours sans les musiciens, même lorsque l’on parle de crise culturelle… Les réunions, les commissions, les débats, les études menées sur les nouveaux enjeux de la culture, sur la rémunération du musicien dans l’ère numérique se font sans nous… nous qui sommes tout de même, vous me l’accorderez, un maillon important de la chaîne culturelle. Imaginons un seul instant une journée de black-out musical !

A ces réunions qui préparent NOTRE avenir, j’ai rencontré des fournisseurs d’accès, des publicitaires, des informaticiens, des sociologues, des blogueurs, des journalistes et plus récemment des politiques (2012 approche)… Jamais ou presque jamais je n’ai croisé de musiciens, et lorsqu’il y en avait : soit ils venaient de la musique électronique, soit c’était des stars parachutées par les lobbies pour désamorcer certains conflits.

Le musicien ne se soucierait-il guère de son avenir, de l’avenir de son art dans la société, de l’avenir de la culture pour ses enfants ? Je me pose bien sûr cette question, et penser qu’on puisse y répondre positivement m’attriste … il me vient alors l’idée que les langues ne sont pas les seules à mourir.

Je sais bien que pour un musicien, la technologie ne fait pas partie des priorités mais tout de même, de là à se désintéresser totalement du débat et se laisser représenter par des vendeurs de câbles téléphoniques !

Ne nous laissons pas non plus représenter par des clowns sur des plateaux de télévision, qui ne parlent jamais de la beauté de l’artisanat musical, de la simplicité de cette beauté ni de l’impératif d’une clairvoyance de l’esprit créatif. Ces clowns androïdes créent de futurs androïdes, bien formatés. Notre monde artistique et notre culture se détruisent doucement mais sûrement.

Et enfin, ne nous laissons pas déposséder des seuls droits qu’il nous reste : celui qui reconnaît la paternité de nos créations, de nos interprétations, celui qui nous permettrait de vivre de nos enregistrements et le dernier qui nous permet de jouer en concert… A la place certains tentent d’imposer le tout gratuit, le piratage, d’autres les contrats à 360°, d’autres encore le streaming « légal » qui rémunère 0.002 euros par écoute (je ne sais d’ailleurs toujours pas si c’est par écoute d’une piste ou d’un album…) ! Faîtes vous-même le calcul….5000 écoutes pour gagner 10 euros ! C’est décourageant…

Ne pourrions-nous pas un instant prendre le temps d’une réflexion commune, qui nous porterait vers l’élaboration  et la concrétisation d’un monde de la musique adapté aux nouveaux enjeux, et plus généralement de la culture que nous voulons demain ?
Ne pourrions-nous pas tous, écrire une phrase, un paragraphe, coucher des idées dans un espace qui abritera NOTRE définition souhaitée du monde musical, une approche concertée d’un bonheur collectif ?

Je suis convaincu que sans une telle initiative, il ne restera dans quelques temps que quelques artistes devenus des icônes médiatiques obligés pour créer, d’utiliser les codes des entreprises qui les auront portés aux nues. Personnellement, ce n’est pas ce monde que je souhaite pour mon enfant. Je lui souhaite de pouvoir s’exprimer dans un lieu ouvert, sans jugement ; je lui souhaite de pouvoir être entendu sans censure politique ou technologique et je veux qu’il maîtrise la diffusion de l’information qu’il possède.

Ces réflexions pourront s’articuler dans ce qu’on appelle un « wiki » qui serait le reflet d’un nouveau monde de la musique. Il faudra que les musiciens y inscrivent en lettres d’or une charte pour un commerce de la musique plus équitable. Qu’ils fassent de nouveau confiance au public, aux internautes qui le respecteront en retour, sans les besoins d’une censure gouvernementale ordonnée par la hadopi.

Matthieu Fontana

Photographie : Mikael Altemark CC BY 2.0, Aren’t you Alex Spencer CC BY-SA 2.0