Lettre ouverte à la Hadopi : Pour encourager un commerce de la musique plus équitable

De retour de la #rencontrehadopi et après avoir lu et reçu les vœux à la Culture de Monsieur le Président de la République, il me vient quelques remarques que je vous laisse libre de commenter.

Nous avons tous compris que la musique numérique est un enjeu de taille dans la construction d’une économie culturelle plus forte et indépendante en France, il est donc primordial d’encourager et d’encadrer la création de plateformes de diffusion et de distribution de la musique numérique.

Concrètement quelles sont les aides allouées à ce genre d’action et quels organismes sont susceptibles de répondre à des demandes de « subventions » pour la diffusion numérique et l’innovation ? A ce titre je rappelle que le déploiement de la fibre, qui est encore problématique et pas généralisé en France, pourrait permettre à des artistes de diffuser eux-même leurs créations, sous réserve qu’ils sachent maîtriser une certaine technologie web.

Les débats actuels portent essentiellement sur un partage du gâteau entre producteurs et distributeurs, le colloque d’hier en était encore un magnifique exemple (je n’y ai vu aucun artiste, et qu’on ne dise pas qu’un gros label représente des milliers d’artistes, un label est une marque, il n’est pas là pour « représenter » les droits de ses artistes mais pour vendre un produit).

Si l’on en revient au discours de N. Sarkozy, je cite : la HADOPI sert à « provoquer une prise de conscience chez le grand public et de stimuler l’offre légale« , (presque) tout le monde s’accorde à dire que c’est aujourd’hui un pari gagné (dans les cris et les larmes).

Cependant où est cette prise de conscience des réalités de l’artiste dans le monde de la production musicale ?

Qu’en est-il de la répartition des droits dans les contrats entre artistes et producteurs ? Parce que c’est une bien belle chose que de proposer une œuvre en téléchargement dit légal, c’en est une autre de proposer une juste rémunération à l’artiste (créateur : compositeur mais aussi interprète) qui aujourd’hui dans le meilleur des cas reçoit entre 3% et 8% des ventes, qui aujourd’hui reçoit entre 0,002 et 0,003 euros par écoute en streaming. Ce système s’il n’est pas régulé à ce niveau, ne permettra pas non plus au créateur de vivre.

Qu’en est-il des productions dans lesquelles des musiciens sont « gentiment » forcés à céder leurs droits et reçoivent une bien maigre compensation financière. Que doit-on penser de productions qui ne rémunèrent PAS ou au black des artistes, de ces productions qui « délocalisent » dans d’autres pays pour pouvoir contourner notre fameux droit d’auteur et peu rémunérer les artistes ? Doit-on les considérer comme de l’offre légale ?

Qu’en est-il de la transparence dans la répartition de la rémunération équitable ou pour copie privée des SPRD ? Je constate que ce sont toujours les mêmes acteurs culturels qui réussissent à obtenir ces soutiens financiers et ces acteurs réinvitent toujours les mêmes stars médiatisées (souvent signées chez des majors…); on ne peut pas parler d’encourager la diversité si les SPRD soutiennent toujours ces mêmes acteurs depuis des dizaines d’années.

En posant toutes ces questions, et en ayant conscience que le Président à ouvert le débat dans cette voie, il faut aller un peu plus loin et proposer de labelliser les productions qui rémunèrent et déclarent tous ces intervenants de manière légale et équitable.

La HADOPI n’aura de sens à mes yeux que le jour où aucun acteur culturel ne sera floué; c’est pourquoi le véritable enjeu d’une création culturelle riche et innovante passe par une charte, un label garant d’un commerce de la musique plus équitable.

                                                                                                                                                                         Cordes & Âmes