« Si j’étais président », les programmes « culture/numérique » des candidats – Compte-rendu

En direct… non pas de la Gaîté Lyrique, mais de Daily Motion, où était diffusé en streaming live le débat organisé par l’ADAMI intitulé « Si j’étais président », sur le thème des nouveaux enjeux de la culture et du numérique.

Participaient au débat, dans le désordre arbitraire, Franck Riester pour l’UMP, Aurélie Filippetti pour le PS, Alain Hayot du Front de Gauche, Arnaud Dassier du MODEM, et Hervé Perard pour EELV. Absence notable du FN et du NPA mais aussi de Jacques Cheminade. Pas intéressés, pas invités, trop petits ? On ne le saura pas, le sujet n’étant pas évoqué sur place.

Introduit par Philippe Ogouz, président du CA de l’ADAMI, le débat se voulait notamment soulever le problème de la rémunération des artistes, « constamment éludée », et pourtant nerf de la guerre. « Les artistes pour être légitimes dans leur art ne doivent pas forcément être pauvres », dit-il, après avoir fustigé l’absence de revenus du net pour les artistes, dont « le salaire moyen [des artistes] est inférieur au SMIC ». Petite digression au passage pour citer une interview de Didier Migaud, président de la Cour des Comptes, dans les Inrocks cette semaine : « 80% des intermittents ont un revenu supérieur au revenu médian des Français ».
Alors, les artistes, riches ou pauvres ? Faudrait savoir, accordez vos violons… tous les artistes ne sont pas intermittents du spectacle (et vice versa), certes, mais le grand écart entre les deux infos paraît quand même énorme, non ?

Quoiqu’il en soit, la guerre des chiffres ne fait que commencer, et elle a fait rage hier soir à la Gaîté Lyrique, comme dans tout débat politique qui se respecte.

A commencer par un autre grand écart de chiffres, digne d’un comptage de manif : la progression du budget de la culture, pendant le quinquennat de Sarkozy. + 21% selon l’UMP, + 2% selon le PS, appuyé par un hochement de tête d’Alain Hayot du Front de Gauche et un argumentaire béton sur l’euro et le périmètre constants (quelqu’un m’explique ?). Bref, pour ceux qu’il l’auraient oublié, le débat, organisé dans un contexte de campagne électorale, s’est ainsi assez vite stérilisé notamment par le jeu défensif de Franck Riester, s’acharnant à défendre le bilan du président sortant (croisons les doigts), tout en refusant de s’exprimer sur le programme du candidat de l’UMP. Euh… pourquoi t’es venu, alors ? « Parce qu’on m’a invité, Madame », répond-il à une femme qui l’interpelle dans le public (dont les internautes n’ont pu entendre la question, cette dernière étant une libre interprétation contextuelle de votre dévoué reporter). Emmanuel Torregano, modérateur des échanges, ne s’est lui non plus pas privé, en bon électron libre à la subjectivité affichée, de taquiner Franck Riester à chaque fois que l’occasion se présentait.

Pour le reste, les interventions du député UMP rapporteur de l’Hadopi n’ont guère varié du désormais traditionnel refrain de son parti : apologie des vertus pédagogiques du dispositif Hadopi, de la Rémunération Équitable (notamment de la redevance des coiffeurs, considérée comme essentielle) et rien de concret concernant la rémunération des artistes.

Seul point marqué par l’UMP dans ce débat, lorsque Franck Riester reprend Aurélie Filippetti pour lui signifier que sa proposition de « portail public orientant l’internaute vers les offres légales de téléchargement » existe déjà, à savoir le fameux label PUR tant controversé de Hadopi.

Où le gouvernement fait les frais d’une campagne d’information calamiteuse, largement raillée sur le web (voir notre revue de presse Hadopi vs Licence Globale), et d’un choix de nom de label à l’idéologie sous-jacente douteuse….

Pendant ce temps-là, sur Twitter, les twittos et twittas s’adonnaient à leur jeu favori, le commentaire sportif, et comptaient donc les points, rivalisant de bons mots en espérant finir sur le podium des TT. Petit florilège de mes préférés : par Benoît Tabaka : « #adami2012 @franckriester explique à la salle que les coiffeurs doivent contribuer à la création. les chauves seront donc pirates » , par Makno « B.Boutleux (DG de l’ADAMI) : « on ns dit que le numérique décolle, mais pour qui ? on reçoit encore des relevés avec plusieurs 0, après la virgule », enfin par Re_Ec/Xavier Paufichet : « #adami2012 il est chou le monsieur des Verts, il y connaît rien et il fait semblant ».

EELV ainsi que le Front de Gauche, pour rebondir sur ce dernier tweet, ont par ailleurs ému la communauté des twittos par leur conception philosophique un brin utopique d’une culture humaniste « qui devrait être gratuite, au même titre que les transports en commun », bottant en touche lorsqu’il s’agit de proposer un système de financement.

Il a fallu attendre la toute fin du débat et la séance des questions pour entendre enfin ! quelques commentaires pertinents, à défaut de propositions concrètes.

Les premiers sont venus du PS, Aurélie Filippetti pointant les limites actuelles du projet de création d’un Centre National de la Musique, censé renforcer la diversité de la production de l’industrie phonographique, mais favorisant au contraire sa concentration, 75% du budget des aides étant prévu d’être attribué automatiquement aux entreprises réalisant les plus gros chiffres d’affaires, en d’autres termes, les majors. Pour ce qui est du financement de la création, le PS réaffirme son opposition à Hadopi, inutile et coûteuse, et souhaite taxer les Fournisseurs d’Accès Internet. A ce sujet, un possible intéressement des dits FAI au succès des créations financées est à l’étude, sur le modèle des sofica, qui a fait ses preuves dans l’industrie cinématographique.

Tiens, j’ai pas beaucoup parlé du représentant du MODEM, qui a brillé par sa discrétion.

Le mot de la fin, last but not least, c’est Bruno Boutleux, le Directeur Général de l’ADAMI, qui l’a eu : « Expliquez-moi comment les 40 millions d’euros apportés par Deezer se transforment en centimes pour les artistes ? ».

On aurait aimé qu’un des invités souligne le paradoxe commercial du streaming, plutôt que de se réjouir de ce modèle d’offre légale. Merci donc à Bruno Boutleux pour cette judicieuse conclusion du débat… le début d’une prise de conscience politique ?


Cordes et Âmes