La musique, comme moyen de guérison

Depuis l’aube de l’humanité, la musique, ainsi que ses liens avec la médecine, a une importance capitale et singulière dans l’existence humaine.
La maladie, la souffrance, était considérée comme un état de désordre interne, une âme prisonnière qui expiait un pêché commis. Dans certaines traditions, la musique devait libérer et éduquer cet âme en servant d’intermédiaire entre les dieux et les hommes à travers des rites chamaniques, des chorégraphies et des chants d’implorations. Chez les grecs, elle était étudiée comme une science associée aux mathématiques, à la physique et à la médecine.

Le plus ancien texte anglais concernant la musique et la médecine, écrit par le médecin Richard Browne, a été imprimé en 1729. Medicina Musica ou un essai mécanique sur les effets du chant, de la musique, de la danse sur le corps humain, est un ouvrage significatif pour les musicothérapeutes anglo-saxons.
En France, la considération de la musique à l’échelon scientifique s’est faite lorsque  le médecin et compositeur italo-hongrois, Pierre Lichtenthal, écrivit, en 1811, le traité Influence de la musique sur le corps humain. Toutefois, le premier Congrès mondial de musicothérapie n’aura lieu en France qu’en 1974 au centre hospitalier de la Salpêtrière.

La musicothérapie, qui fait partie d’une spécialisation de l’art-thérapie, tente d’aider la personne à élaborer ou à symboliser (dans le cas où la personne ne peut user du langage verbal), ce qui la constitue en tant que sujet singulier, lui permettant d’accéder ainsi à un mieux-être.
Théoriquement, on trouve deux grands procédés de fonctionnement : la musicothérapie réceptive et la musicothérapie active.

La musicothérapie réceptive est basée sur l’écoute musicale. Le morceau entendu et choisi spécifiquement par le thérapeute en fonction des pathologies du patient, permet pour celui-ci de faire ressortir des émotions enfouies, difficiles pour lui à identifier ou à exprimer, et causes de son mal être.

La musicothérapie active est basée sur le jeu sur instruments et la communication non verbale. Elle est surtout utilisée pour les personnes ayant un accès limité à la parole ( handicap, autisme…) ou lorsque les mots sont trop douloureux à prononcer.

Toutefois, j’ai pu remarquer lors de ma formation et de mes expériences, qu’il n’y a pas une musicothérapie mais des musicothérapeutes. Chaque personne peut l’utiliser selon ses propres expériences, ses propres connaissances car c’est avant tout une rencontre, un échange, une relation avec un autre être humain, un être pensant, ressentant, un être vivant. Par exemple, une séance prévue peut très bien être modifiée dès le début car le patient ne sera pas dans l’état imaginé par le thérapeute lors de la préparation de la séance. Il est important que le musicothérapeute soit d’une grande écoute et adaptabilité, et qu’il doit donc parfois se ré-approprier la théorie pour improviser une séance.

Ainsi, la musicothérapie s’adresse à tout le monde, de la femme enceinte et de l’enfant qu’elle porteaux personnes en fin de vie. Des enfants et adolescents avec des troubles du comportement aux personnes âgées, ayant la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson ; des personnes névrosées, psychotiques mais aussi des personnes hospitalisées dans différents services ( néonatalogie, cancérologie, soins intensifs, soins palliatifs…), des personnes en milieu carcéral.

Mais qui sont alors les musicothérapeutes ? Et comment devient-on musicothérapeute ? La formation est suivie en faculté ou dans un centre privé (le diplôme n’est pas reconnu par l’État, contrairement à l’art-thérapie) par des musiciens ou des personnes du milieu médical ou para-médical (médecins, infirmiers, psychologues, éducateurs…). Néanmoins, si la musicothérapie est une pratique qui donne accès à un mieux être, alors ne peut-on pas dire que tout le monde est son propre musicothérapeute ? Chaque personne qui écoute une musique spécifique lorsqu’elle est dans un état particulier, chaque personne qui revient d’un concert et qui a eu l’impression d’être pendant quelques instants dans un autre monde, ne pratique-t-elle pas pour elle-même la musicothérapie ?

La musique existe depuis une centaine de milliers d’années (les premiers instruments retrouvés sont des sifflets taillés dans des phalanges de cervidés principalement, ainsi que des trompes avec des coquillages mais aussi avec des écorces), créée, façonnée, utilisée par les hommes au quotidien ou dans des pratiques chamaniques, avec comme seul but, le mieux être. Peut être peut-on se demander alors si la musicothérapie n’est pas, finalement, le plus vieux métier du monde ?

Celia Quilichini


Photographies
: Emmanuela Franchini (CC BY-NC-ND 2.0), Luis Argerich (CC BY 2.0)