el sistema – Repenser l’apprentissage de la musique en l’intégrant plus profondément dans la société

La campagne présidentielle française de 2012 montre à quel point la misère culturelle s’étend en France. Peu de candidats proposent un débat avec une vision politique culturelle cohérente et ambitieuse; à l’extrême de l’échiquier les forces politiques ont besoin de cette misère culturelle pour rallier des sympathisants en masse à leurs idées populistes. C’est une grave erreur car en temps de crise seule la culture permet d’endurer et surmonter la dureté du quotidien.
Pour pousser plus loin la réflexion et dépasser les idées présentes dans une tribune concrétisant mon engagement politique dans cette campagne publiée par Le Monde le 20 avril 2012, j’aimerais donner un exemple qui illustre cette phrase au demeurant compliquée pour certains : « La musique classique a toute sa place dans la constitution de nouveaux paradigmes sociaux (…) ». Les paradigmes sociaux sont des piliers qui, bien construits, supportent une plus grande cohésion sociale.

En musique, la société se retrouve au sein des orchestres, c’est donc en les développant dans les quartiers défavorisés, en donnant le meilleur de notre culture savante, en enseignant la musique classique différemment, sans le poids écrasant du savoir historique mais avec la légèreté de l’imaginaire créatif qui s’adapte, que l’on redonnera un sens à l’instruction des enfants et adolescents.
Jouer ensemble, apprendre ensemble, être exigeant pour créer « du beau » me semblent être des messages beaucoup plus porteurs que ceux qui consistent à mettre en valeur la compétition, le culte de l’argent et plus généralement qui tentent d’imposer une vision mortifère du libéralisme menant à l’absence de règle, au chaos social.

Pour illustrer mes propos voici une petite vidéo présentant « el sistema » au Venezuela et je poursuivrai par cette phrase du fondateur du mouvement culturel, l’économiste et musicien José Antonio Abreu :

« L’Art musical ne pouvait pas continuer à être le monopole d’une (certaine, ndlr) élite. Ça paraît être le patrimoine du peuple et surtout des enfants les plus pauvres, de la jeunesse marginale.« 

 

 

On pourra bien entendu me reprocher le fait de vouloir « imposer » la musique classique (alors que je ne parle que d’encourager son apprentissage). À mes détracteurs je réponds sans hésiter : quelle musique entend-on partout, quelles sont les idées, les stéréotypes véhiculés dans les images des clips présents sur 95% des chaines musicales ? Pourrait-on aller jusqu’à parler d’une musique servant l’idéologie libérale, une musique pour les « vraies » valeurs et le « vrai » travail (la spéculation, la rente, la finance) ? Musique et politique sont bien plus liés que ce que l’on aurait tendance à penser : la musique est très souvent le reflet de l’état d’une société et aujourd’hui cette société, notre société, va bien mal.