Nicolas Bolens – Quatre étapes d’un parcours qui se joue

Natif de Genève, commence sa formation musicale avec le pianiste et compositeur Arié Dzierlatka.
A l’adolescence, malgré un vif intérêt pour le domaine scientifique, il décide de poursuivre ses études artistiques au Conservatoire de Genève où il obtient notamment un diplôme de piano et un prix de composition avec distinction dans la classe de Jean Balissat.
Il bénéficiera par ailleurs des conseils de compositeurs tels qu’Eric Gaudibert, Rudolph Kelterborn, Klaus Huber et Edison Denissov.

Lauréat en 1993 du Concours pour Jeunes Compositeurs organisé par l’Orchestre de Chambre de Lausanne, distingué par diverses fondations (Leenaards, Banque Cantonale Neuchâteloise…), il répond à de nombreuses commandes, entre autres du Trio Grumiaux, du Nouvel Ensemble Contemporain/NEC, de l’Orchestre de la Suisse Romande, etc…
Parallèlement à son activité de compositeur, Nicolas Bolens a enseigné le piano et l’improvisation à l’Institut Jaques-Dalcroze ainsi que la composition au Conservatoire de Genève, en collaboration avec Eric Gaudibert. Actuellement, il enseigne le contrepoint, la composition et l’écriture du XXème siècle à la Haute École de Musique de Genève.
Il a présidé l’Association Suisse des Musiciens/ASM de 2004 à 2007.

Premièrement: l’amour des sons pour eux-mêmes.

Mes premières compositions ont visé un apprivoisement du monde sonore dans ses aspects les plus essentiels. J’aurais pu me reconnaître dans les mots de John Cage:

«J’aime les sons juste comme ils sont et je n’ai pas besoin qu’ils soient autre chose: je n’ai pas besoin qu’ils soient psychologiques, amoureux, etc… je veux juste qu’ils soient des sons

Par exemple, le début de mon premier quatuor à cordes «Sur quelques mots de R.M.Rilke» se développe dans un matériel harmonique très réduit: les cordes à vides grave de chaque instrument (do – do – sol – sol). La composition se concentre alors uniquement sur le potentiel acoustique de ces quelques sons (le terme «note» n’a alors plus de sens), base de l’édifice acoustique des instruments.

Audio : 1. Quatuor à cordes n°1 (I)

Deuxièmement: rencontres et création de liens avec le langage verbal.

Le fait d’écrire pour la voix, impliquant l’intégration de textes, a été une étape essentielle.

Les mélodies «Quatro Sonetos de Amor» sont composées sur des poèmes tirés du magnifique recueil de poèmes d’amour de Pablo Neruda «Cien Sonetos de Amor». J’ai cherché ici à apprivoiser l’écriture mélodique dans ce qu’elle peut avoir de plus naturel et adaptée à la réalité physique de la voix. On y trouvera certainement des liens avec mes origines séfarades et la nature des mélodies traditionnelles de cette culture. Il n’y a là cependant aucune contradiction avec la démarche précédemment citée. Plutôt une extension: une mélodie est une phénomène sonore parmi d’autres. Mais les liens affectifs et profondément humains qui y sont habituellement rattachés rendent cet apprivoisement particulièrement délicat.

Audio : 2. Quatro Sonetos de Amor (IV)

Troisièmement: émancipation, multiplication des liens entre les composantes du monde sonore et les significations qui s’y rattachent.

Dans la continuité de mon travail sur la voix et la poésie, les liens subtils qui peuvent exister entre les sons et la sémantique des mots ont été plusieurs fois l’objet d’intenses recherches.

Dans «ou le Mystère Précipité Hurlé» composé pour huit voix solistes à partir du «Coup de Dés» de Stéphane Mallarmé, j’ai tenté d’intégrer ce texte inouï dans de nombreuses perspectives sonores et temporelles. Le poème lui-même a été guide de composition: en le contemplant j’ai éprouvé un certain vertige au regard des multiples réseaux et liens que Mallarmé crée entre les mots, transcendant leurs sens et aboutissant à un contrepoint littéraire entre leurs significations premières et leurs effets purement sensoriels et sensuels. J’ai conçu cette pièce dans la résonance de ce vertige.

Audio : 3. Ou le Mystère Précipité Hurlé (II)

De même le quatuor à cordes «Tempus Fugit» vise aussi une émancipation intégrant dans un même contrepoint plusieurs niveaux de perceptions (timbres, mouvements, densités), cela en cherchant non sans une certaine obstination à maintenir une forte unité globale.

Audio : 4.Tempus Fugit

«Und zuweilen» pour soprano, ensemble et électronique présente une synthèse des étapes décrites précédemment. Composée sur des poèmes de Paul Celan et de Nelly Sachs, cette pièce propose un parcours sonore ancré dramatiquement dans les diverses couches de sens des ces poèmes. L’intégration de moyens électroniques vient naturellement étendre le champs des possibles.

Audio : 5. Und Zuweilen (II)

Audio : 6. Und Zuweilen (V-VI)


Quatrièmement:
nouvelles perspectives, création de liens avec d’autres arts, d’autres pensées; recherche d’une consistance dramatique plus complète.

Dans cette idée, mon travail se dirige actuellement vers une plus grande diversité de champs d’investigation: l’un de mes projets en cours d’élaboration intègre le cinéma, un autre fera appel à un musicien de tradition afghane, un autre sera relié à un projet de recherche mené par la Haute École de Musique de Genève et et le CISA (Centre Interfacultaire en Sciences Affectives) de Genève.

A suivre…

Infos – œuvres
Quatuor à cordes n°1 – «Sur quelques Mots de Rainer Maria Rilke» (1995)
premier mouvement: «Tiere aus Stille»
Enregistrement «live» réalisé par RSR-Espace 2 le 30.10.1995 au Conservatoire de Lausanne
Quatuor Ortys:
– Monica Baer et Nicolas Jecquier: violons
– Hans-Christian Sarnau: alto
– François Grin: violoncelle

«Quatro Sonetos de Amor» (1996) sur des poèmes de Pablo Neruda pour soprano et piano
n°4 (texte: «Cien Sonetos de Amor», n°17)
Enregistré par Nicolas Bartholomée (Musica Numeris) le 20.11.1996 au studio Tibor Barga, Sion
– Brigitte Hool: soprano
– Nicolas Bolens: piano

*Le premier quatuor* et *les sonetos de amor* sont parus dans un CD chez Cypres : http://www.cypres-records.com/

«Ou le Mystère Précipité Hurlé d’après» (2007) d’après «Un Coup de Dés» de Stéphane Mallarmé pour huit voix solistes
Deuxième partie
Enregistré par Jean-Martial Golaz le 20.10.2009 au Studio Ernest Ansermet, Genève
Ensemble vocal « Séquence »:
– Gyslaine Waelchli et Christiana Presutti: sopranos
– Marie-Laure Chabloz et Anne de Crouaz: altos
– Valerio Contaldo et Raphaël Favre: ténors
– Frederik Sjollema et Philip Nielsen: basses
– Direction: Laurent Gay

Le *mystère précipité hurlé* a été publié dans ce CD : http://www.musiques-suisses.ch/

Quatuor à cordes n°2 – «Tempus Fugit» (2006)
Enregistrement «live» réalisé le15.9.2009 au Wigmore Hall (Londres – Swiss Ambassador’s Award Concert)
Quatuor Gémeaux
– Anne Schoenholtz et Manuel Oswald: violons
– Sylvia Zucker: alto
– Uli Witteler: violoncelle

«Und Zuweilen» (2011) sur des poèmes de Paul Celan et Nelly Sachs pour soprano, ensemble et électronique
1. Deuxième partie
2. Cinquième et sixième partie
Enregistrement «live» réalisé par Beat Müller le11.9.2011 au Conservatoire de Berne
– Barbara Zanichelli: soprano
Ensemble Vortex:
– Béatrice Zawodnik: hautbois
– Jocelyne Rudasigwa: contrebasse
– Renaud Renquin: guitare
– Florian Feyer: percussion
– Daniel Zea, électronique

*Tempus Fugit* disponible dans ce CD : http://www.musiques-suisses.ch