Culture Acte II : le retour

 

La mission de Pierre Lescure portant sur la Création et la diversité de la culture à l’heure du numérique bat déjà de l’aile.

Passons sur cette tradition enracinée en France qui consiste à encourager et dynamiser l’économie en passant systématiquement par les seniors… bah oui… comme si les jeunes (nos générations Y et Z) ne pouvaient comprendre la société dans laquelle ils vivent…

Passons aussi sur le fait que Pierre Lescure siège au conseil d’administration et de surveillance de Havas, de Lagardère et de deux autres sociétés qui jouent un rôle essentiel dans les DRM (dispositifs de contrôle d’usage des œuvres).

Passons encore sur le fait qu’il est ami avec le Président de la République.

Passons enfin et surtout sur le fait qu’il connaît très bien et depuis fort longtemps les distributeurs et les producteurs grâce à sa très longue carrière dans l’audiovisuel (bonjour les conflits d’intérêts…).

Pierre Lescure est un homme de la télévision, il ne connaît pas ou peu Internet. Il ne sait pas que sur la toile on apprend parfois plus que sur les bancs de l’université, que l’on échange des informations, que le Net est un formidable espace culturel.
Bref, le Net n’a pas attendu cette mission culturelle pour fonctionner.
Pierre Lescure, lui, en est resté aux années 80 et à l’idée de Canal+ qui propose des services de télévision cryptés !

Aujourd’hui Philippe Aigrain co-fondateur de la Quadrature du Net, Alain Bazot Président de l’UFC-Que choisir et François Nowak du syndicat des artistes, musiciens, chanteurs, danseurs et enseignants (Samup) annoncent qu’aucun des trois ne participeront à cette mission.

Je ne résiste pas à la tentation de vous citer un extrait de leur communiqué de presse :

« M. Lescure a des idées bien arrêtées sur chacun des sujets devant pourtant faire l’objet de débats, il est de notre devoir, en tant que constructeurs constants d’un dialogue entre auteurs, artistes et citoyens de tirer la sonnette d’alarme et de défendre nos propositions dans l’espace public sans cautionner sa privatisation. Nos propositions sont sur la table. A tous de se les approprier, de les critiquer ou de les soutenir. »

Encore une fois une mission inutile puisque les principaux intéressés refusent d’y participer,  puisque les dés sont pipés d’avance. Cette mission aura donc lieu, et va nous emmener bien évidement et volontairement vers la confrontation entre les usages marchands et non-marchands, entre les consommateurs et les artistes, entre les créateurs et les producteurs, entre les producteurs et les distributeurs.
Il en ressortira obligatoirement un texte d’une opacité encore plus grande au sujet de la redistribution des principales « taxes » pour la création culturelle (par exemple la Copie Privée).

Continuer avec ces concepts surannés, issus de l’industrie télévisuelle (verrouillage des utilisateurs dans la même logique que la Hadopi), n’amènera qu’une seule chose : une sclérose encore plus dramatique des circuits de la création et de la production artistique, comme soulevé dans un précèdent article sur la marchandisation de la musique.

Il ne faut pas oublier que le monde de la musique cherche encore à faire de l’argent à tout prix, en particulier les majors : ils louent leurs énormes catalogues d’artistes disparus… c’est encore et toujours se tourner vers le passé.

Le futur modèle de l’économie culturelle ne doit pas être soumis à une rentabilité financière exclusive.

culture acte2

L’ Art en France a besoin d’être à nouveau vivant pour chacun des français.

La démocratisation et la diversité des expressions artistiques doivent enrichir l’homme et le tirer vers le haut. Il lui faut pour cela des œuvres d’une très grande qualité quel que soit le domaine artistique, mais la qualité n’est pas toujours synonyme de succès…

La créativité est indéniablement présente dans le circuit de l’auto-production, les codes, les formats et les enjeux y sont moins étouffants que dans les grosses structures.
C’est cette auto-production artistique qu’il faut encourager et soutenir à l’instar des petits producteurs de vin et de café dans le monde entier, et se garder d’être manipulé par les nombreux lobbyistes qui parcourent les couloirs du ministère et de l’assemblée, dont on entend continuellement les messages relayés par les médias nationaux.

Créer des passerelles entre l’art et la technologie, la recherche scientifique.

Réconcilier le « consommateur » de produits artistiques et l’artiste en arrêtant de lui interdire de télécharger.

On peut faire tout cela en redistribuant les nombreuses taxes déjà mises en place pour soutenir cette création artistique riche et vivante, et en arrêtant de subventionner honteusement des événements mondains stériles et divertissants qui n’intéressent que des notables (ceux-là même qui s’endorment aux concerts…), dans l’intérêt du plus grand nombre.

 

Photographie : NotoriousJen (CC BY-NC-ND 2.0)