Comment j’ai aimé Jun Miyake…

D’abord, c’est un film, « Pina », du génial réalisateur Wim Wenders. Un film sur l’œuvre et la vie de la danseuse et chorégraphe Pina Bausch.

Il y a cette bande-annonce, cette urgence, ce besoin irrépressible de communiquer, de happer tout un public vers une émotion fulgurante.

Une minute trente – seize scènes tronquées – une musique.

Un pur objet sonore qui vient envelopper ces 16 extraits chorégraphiques :

Un rythme lancinant, répétitif, puisé à la racine de l’être. Une entité viscérale. Puis une mélodie, une tonalité, des strates sonores de diverses matières viennent s’entremêler.

Le rythme ne cesse de scander et la mélodie, minimaliste, presque simpliste, continue son obsession. Mais les paysages traversés sont des étoffes raffinées au travers desquelles ce duo amoureux d’obsessions se poursuit.

Un jour, c’est le film tout entier qui s’invite. Et je retrouve l’objet de mon amour : la musique est attachée, comme suspendue à une chorégraphie.

Je me dis qu’il est des binômes artistiques qui vous marquent à jamais.

Une chorégraphie de Pina Bausch, c’est le corps qui imprime son mouvement à la vie, par nécessité et urgence, qui la traverse sans se soucier des contingences extérieures ; Jun Miyake, c’est la musique à l’état pur, qui ne se définit que par elle-même, qui n’appartient à aucun style. Engeance protéiforme, elle s’écoule, infatigable à travers les différents langages sans jamais s’arrêter ni reprendre son souffle.


Laurianne Corneille

 

Photographie : terafoto (CC BY-NC-ND 2.0)