About the Author: Directrice artistique, ingénieur du son free-lance.
Violoniste à ses nombreuses heures non perdues.
Discovore, cinéphile, globe-trotteuse.
Orgueil, préjugés, Lion’s Club et crétacé
Hannelore Guittet | oct 08, 2012 | Commentaires 0
Musique pour les vieux, musique de bourgeois, musique élitiste, musique guindée, musique de dinosaures…les préjugés que véhiculent la musique classique dans l’inconscient collectif sont légion.
Comme tous les préjugés, ils ont leurs fondements. Et comme tous les préjugés, ils ont été répétés, déformés, amplifiés, transmis, de bouche à oreille, de génération en génération. Quoiqu’il en soit, mieux vaut les prendre avec humour, voire auto-dérision, plutôt que de se braquer dans une posture condescendante qui ne fait que les conforter.
La musique classique est communément labellisée « musique savante », « musique de niche », ou encore « musique d’esthétique fragile » par le ministère de la Culture. Le tableau est posé.
Greenpeace est en embuscade, et paradoxalement c’est flatteur. On s’enorgueillit de ce noble combat de protection d’une espèce en voie de disparition. Il en va pour la musique classique comme pour toutes les formes de minorités (culturelles, sociales, politiques) : on se complait malgré soi dans une forme de marginalité valorisante, existentielle.
Un peu mais juste ce qu’il faut. Souvent, on tente de bousculer les lignes, on prend son bâton de pèlerin, et on part à la conquête des brebis béotiennes égarées. A la faveur de nombreuses entreprises de démocratisation culturelle, de vulgarisation, de médiation, la musique classique rencontre ainsi régulièrement un public plus large. De là à casser cette fameuse image qui nous colle tant à la peau…il y a encore du chemin à parcourir.
Mais après tout, on a la presse qu’on mérite. Vous souvenez-vous de cette publicité pour France Musique, avec Maria Callas (qu’uniquement les initiés reconnaîtront) en robe de soirée, écartant d’une main les rideaux d’une fenêtre, nous toisant du regard de son air le plus hautain ?
On a connu plus engageant comme invitation. Une parfaite synthèse en somme des clichés du classique, émanant…d’un de ses plus ardents défenseurs. On ne tire pas sur une ambulance !
Dès lors, pas très surprenant que la seule idée d’aller au concert ou à l’opéra intimide le commun des mortels. Pourtant, la plupart des salles de concerts classiques sont financièrement plus accessibles que les grosses scènes de rock (je parle ici des premiers prix). Quant aux codes vestimentaires, ce ne sont que des idées reçues. Il n’y a pas de videur à l’opéra.
A l’extrême inverse, on trouve des campagnes de pub tentant de nous prouver que les musiciens classiques sont précisément des gens comme les autres (la campagne de l’Orchestre de Chambre de Paris, « l’orchestre autrement », par exemple). Ce besoin de le rappeler en dit long sur les casseroles qu’on traîne. Dans un cas comme dans l’autre, on ne fait pas dans la demi-mesure. Soit on se recroqueville dans un protectionnisme élitiste, soit on s’en défend avec tellement de complexes qu’on flirte inévitablement avec la démagogie.
On en vient naturellement à cette éternelle querelle de chapelles, cette fameuse Grande Battle de la communication : en matière de vulgarisation, à part peut-être les émissions de Leonard Bernstein, le consensus est difficile voire impossible à trouver.
Zygel s’en prend plein la gueule parmi ses pairs.
Peut-on communiquer simplement sur la musique classique ? La décontextualiser sans la trahir ? Privilégier l’approche sensorielle sans passer pour un post soixante-huitard hippie ascendant bobo ? Comme l’a justement rappelé Alexandre Lenot dans son excellent article « La musique classique c’est vraiment fantastique » :
« ça revient à considérer qu’il faut être capable d’identifier chaque sample d’un morceau de hip hop pour en comprendre le propos, ou qu’il faut avoir été anthropologue à Tombouctou pour comprendre le jeu de Toumani Diabaté. (…) Est-ce qu’il faut avoir fait du surf pour aimer Pet Sounds? Avoir été esclave dans une plantation de coton pour aimer le blues ? »
L’œuf, la poule…et la confiture. A méditer…
Hannelore Guittet
Photographies : Quasic (CC BY-SA 2.0), Faberzeus (CC BY-NC-SA 2.0)
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