CD vs vinyl … that is not the question

Dans le fameux débat qui oppose le CD au numérique, ou disons pour être plus exact, l’objet physique au fichier dématérialisé, on convoque souvent le messie vinyle à la rescousse, sorte d’antédigital absolu, qui viendrait réconcilier au creux de ses sillons les digital natives et les digital sceptiques.

Le vinyle cristalliserait tous les avantages : vintage pour les digital natives, hype pour les bobos brocanteurs du dimanche et hipsters fraîchement trentenaires, objet de nostalgie pour les générations précédentes, il crépite comme un bon feu de bois.
Parfaite synthèse exutoire des supposés maux de l’industrie discographique : un bel objet physique au chaud son analogique (par opposition au CD dont le son est numérique). Hallelujah !

Il est de fait de plus en plus fréquent, par les temps qui courent, d’envisager des éditions vinyle en tirage limité, parce que ça sonne tellement plus mieux…sauf que la très grande majorité des productions d’aujourd’hui sont enregistrées suivant une chaîne exclusivement numérique (DD), et ce n’est pas le support in fine qui va révolutionner la choucroute.

Qu’on s’entende bien ! Si nos chers vinyles craquouillent, ce n’est pas tant dû au support final qu’aux préamplificateurs et aux microphones à lampe et à ruban avec lesquels ils ont été enregistrés, ainsi qu’aux magnétophones à bandes et à leurs limitations technologiques, notamment en termes de bande passante.
Un CD, ne vous en déplaise, est en effet spectralement plus transparent qu’un vinyle. De même qu’un film tourné en HD numérique est plus « fidèle » qu’une pellicule en super 8.

Pas de jugement de valeur ici, mais un constat objectif : un vinyle ne sonne ni mieux ni moins bien qu’un CD, bien au contraire…il sonne différemment. La question se déplace ensuite sur un plan esthétique, et est donc passionnante…mais par essence subjective. CQFD.

Alors aujourd’hui, combien de réelles productions AA (comprendre tout analogique) ? Pas autant qu’on aimerait le croire, mais en revanche beaucoup d’émulations à grand renfort de filtres patinés et d’effets de saturations plus ou moins maîtrisés, ce qui nous vaut le succès d’applications comme Instagram et autres plugins audio équivalents…

So what ? Au risque de choquer les puristes, je crains fort que le retour en hype du vinyle doive beaucoup à un effet de mode, dont se sont saisis certains à des fins purement commerciales.
Sous couvert d’un discours flatteur pour l’égo du mélomane fraîchement audiophile converti, il en va du vinyle comme des courgettes bio : on abuse du label AA comme du label vert. Restons vigilants !

Pour le reste… CD ou vinyle ? Outre le débat esthétique donc, qui certes est passionnant, il ne résout en aucun cas le réel problème de fond de la crise de l’industrie discographique, à savoir la révolution des modes de consommation de la culture à l’ère du numérique.

CD vs vinyl ? That is not the question…

Photographies :  Acidpix (CC BY 2.0)