Air dans le style de… – Cité de la Voix – Edito #4

Je vous propose de revenir quelques mois en arrière.
Tout début avril, avec quelques camarades, nous avons reçu les douze « directeurs artistiques » ou équipes pré-sélectionnées pour les résidences qui nous occupent cet été. Douze parmi les quarante ensembles candidats. Et nous avons choisi ceux que vous découvrez chaque samedi sur ce site.
Nos critères de sélection reposent sur la qualité musicale, l’originalité de leur projet artistique, sa faisabilité  dans le cadre de nos résidences et la pertinence des programmes proposées vis-à-vis de la Basilique et de la Cité de la Voix.
how-to-feel-oneselfIl n’est pas facile de devenir soi-même (www.psychonul.com).
Non, sérieusement, ce n’est pas facile. La formation d’un musicien professionnel en France aujourd’hui (et en tant qu’ancien directeur des études au CNSMD de Lyon, je la connais d’assez près) ne facilite pas cela, même si, peu à peu, elle s’améliore.
Je reste surpris, lorsque je discute avec les résidents (ceux qu’on vous propose de découvrir chaque semaine, mais aussi ceux qui viennent travailler à Vézelay « hors saison »), de retrouver le poids, extrêmement lourd, de l’auto-évaluation-à-la-mode-du-conservatoire, de la définition de critères de jugement qui sont finalement assez scolaires et normatifs.
Qu’on ne se trompe pas : ce n’est pas une critique, car je me bats, moi aussi, en tant qu’interprète, contre ces vieux démons. C’est un constat. Celui du poids de l’institution et de la lourdeur de ce milieu, voire de son conformisme.
La force d’un ou d’une artiste, la puissance d’un ensemble, c’est avant tout la force de son projet artistique. Vous connaissez Franck Lepage (cf. Air de Valise, http://cordesetames.com/2013/07/20/air-de-valise). A la fin de son premier spectacle, il démontre que le mot « projet » est un des mots-valise le plus utilisé. Mais, ici, ce n’est pas un vain mot, je vous l’assure.
Pour monter sur scène, pour jouer devant un public, il faut avoir une raison de le faire : la création, le partage d’un répertoire, sa relecture, etc. Il faut avoir quelque chose à dire.
Vous pouvez aussi monter sur scène simplement pour soigner une blessure narcissique, mais là, il faut être vraiment très fort pour que cela suffise.
Je reste surpris, lorsque je discute avec les résidents (ceux qu’on vous propose de découvrir chaque semaine, mais aussi ceux qui viennent travailler à Vézelay « hors saison »), de retrouver le poids, extrêmement lourd, de l’auto-évaluation-à-la-mode-du-conservatoire, de la définition de critères de jugement qui sont finalement assez scolaires et normatifs.
Avec le travail extraordinaire des quarante dernières années, dans le domaine de l’enseignement artistique et de la diffusion, il est incontestable que le « niveau » de la musique dite « classique » ou « savante » en France a explosé. Il n’y a que les vieux grincheux pour oser répéter le fameux « on jouait mieux avant mon bon monsieur, qu’est-ce qu’ils font tous ces jeunes d’aujourd’hui ? ».
MicroSheep-brainwashed-by-Big-Brother-Apple-1984-580x427En revanche, le « système » et la reproduction sonore (vinyle puis CD) ont assurément normalisé l’expression artistique musicale (contrairement au théâtre ou aux arts plastiques qui n’ont pas connu la même révolution dans l’enseignement et la diffusion).
Ne vous trompez pas ! Ce propos n’est pas négatif, mais encourageant, au contraire ! Nous avons une chance, en France, c’est que nous n’avons (pratiquement pas) de critique ni de presse musicale. Nous n’avons donc déjà pas ces démons-là à abattre. Nos collègues se chargent de ce travail.
Mais, tous, nous devons pousser toujours plus loin ce que nous avons à dire, et pas seulement comment nous devons le dire.
En faisant un peu de route jeudi dernier, j’ai écouté la belle émission de Kent « Vibrato », sur France Inter. Il était question du style. (http://www.franceinter.fr/emission-vibrato). C’est un peu le même sujet.
On peut aussi avoir une vision plus pragmatique, et rester un grand artiste (à partir de 3’45 »)
Bref, c’est ce que je vous disais. C’est pas facile.
Nicolas Bucher