Jeune ensemble, kézako ? – Cité de la Voix – Edito #7

Avec mes différents collègues, de lieux de résidence ou de diffusion, nous n’avons pas tous la même définition du « jeune ensemble ».

Une manière assez simple de régler le problème est de penser en terme d’âge. Un jeune ensemble, c’est un ensemble de jeunes. Oui. D’accord. C’est vrai. Ou plutôt « c’est pas faux », (la fameuse botte de secrète de Karadoc, dans Kaamelott…)

Mais pas tout à fait : il y a des « vieux » ensembles constitués des mêmes jeunes que dans les jeunes ensembles. Des jeunes ensembles dans lesquels on retrouve des « vieux » qui sont aussi dans les « vieux » ensembles. Vous suivez ? Et puis, vaste question, quand n’est-on plus jeune ?

Vous l’avez compris, cette définition ne m’a jamais beaucoup convaincu et ne me convainc toujours pas, mais je la respecte, car elle est pratique. L’âge est d’ailleurs un des critères fondamentaux retenu pour l’excellent programme européen « eeemerging » lancé par nos collègues et amis d’Ambronay, dans lequel la Cité de la Voix sera prochainement un partenaire enthousiaste.

Mais élargissons le point de vue, et, avec nos deux années et demi d’expérience de jeunes ensembles à Vézelay, cherchons ce qui crée cette jeunesse.

D’abord, évidemment, la date de la fondation de l’ensemble, et, plus précisément, la mise en place de sa forme juridique. Mais ce n’est pas tout. Qu’il soit fondé par des jeunes ou des moins jeunes, un ensemble naissant est confronté à des difficultés globalement semblables : définir un projet, une esthétique, penser une stratégie de communication, de diffusion, consacrer du temps, de l’argent, etc.
Que l’on soit expérimenté, que l’on ait travaillé avec de nombreux autres ensembles ne résout pas forcément ces questions, et l’on est presque tous démunis quand une idée un peu folle, lancé un soir – au bar – après un concert, prend tournure et consistance.

Les Inconnus - Cordes & Ames

On a toujours quelque part 20 ans dans son cœur – Les Inconnus

Ce qui me touche dans les jeunes ensembles qui passent par Vézelay, c’est qu’ils sont tous différents dans leur esprit, leur approche de la musique et leur stade de développement. Chacun a ses qualités et tous ont des fragilités. Certains sont déjà très conscients du marché de la diffusion musicale, d’autres sont très au clair avec l’originalité de leur  projet artistique. Certains sont très organisés et structurés, d’autres ont une qualité artistique déjà exceptionnelle.
Un ensemble « moins jeunes », plus professionnalisé est souvent plus égal sur l’ensemble de ses aspects. Ce qui fait de nos résidents des « jeunes ensembles », c’est justement ce déséquilibre dans leur forces et leurs faiblesses. Prendre conscience de cela, telle est une part de l’utilité de notre programme de résidence.

Enfin, je l’avais déjà signalé dans un autre édito (cf. edito 1, Air de Valise), j’aime surtout cette énergie collective des jeunes ensembles, cette utopie partagée d’un projet que l’on voit naître et que l’on essaiera de porter le plus loin possible, tous ensemble, jusqu’à ce que les réalités du métier dissolvent un peu de ce rêve collectif dans la « realpolitik » de la vie.

Vive les jeunes ensembles, de tout pays… et de tout âge !

Nicolas Bucher