Occasion, tradition et anecdote – Edito #8

Marie Madeleine - Cordes & Âmes

Marie-Madeleine – Van der Weyden.

Puisque vous nous faîtes l’honneur de nous suivre et de nous lire, puisque vous souffrez de ne point pouvoir venir à Vézelay découvrir toute cette jeunesse et cette excellence artistique et vocale, nous allons vous raconter le 22 juillet, parce que c’est assez spécifique à notre bonne ville.

Un peu d’histoire d’abord : la basilique Sainte-Marie-Madeleine, dont on vous rebat les oreilles depuis un peu plus d’un an, est un splendide édifice religieux, ancienne abbatiale, datant majoritairement du XIIe siècle et abrite des reliques de Marie-Madeleine, qui valurent d’ailleurs des disputes homériques et une concurrence effrénée avec Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (autre grand lieu musical, notamment grâce à son orgue fabuleux).

 

Et donc, comme le 15 août à Lourdes, comme le 26 juillet à Sainte-Anne d’Auray, le 22 juillet, Vézelay fête la Sainte-Madeleine. Évidemment, l’évènement n’est pas aussi gigantesque que les deux précédemment cités, mais, quand même, la Basilique pleine à ras-bord pour la messe de 11heures, ça n’arrive que trois ou quatre fois dans l’année, et la procession montant du bas du village à la Basilique, c’est ce jour-là et aucun autre.

 

Pourquoi nous raconte-t-il tout cela ?

 

Parce que la Cité de la Voix s’est aussi un peu immiscée dans cette fête patronale (« matronale » ?).

 

On peut même dire que nous avons créé une tradition. Récente, certes, mais fort sympathique, en ajoutant à cette journée de pèlerinage un concert de clôture d’environ 45′. La première année, ce fut l’ensemble Orphéa, la seconde, ce fut le New College Oxford, qui passait par là, et cette année, le programme de l’ensemble Oiet résonnait parfaitement avec l’évènement (musiques autour de Sainte-Marie-Madeleine et le Cantique des Cantiques).

 

La cène - Alexandre Balestra

La Cène – Alexandre Balestra

Évidemment, la question n’est pas celle du mélange des genres, de la sacro-sainte laïcité. Cette question est simplement futile voire idiote dès lors que l’on aborde le répertoire vocal dans le domaine de la musique classique, tant les œuvres que nous donnons sont majoritairement religieuses.

 

La véritable question est, une fois de plus : « comment partager notre amour de la musique avec le plus grand nombre ? » Et comme, le 22 juillet, on trouve beaucoup plus de pèlerins que de touristes dans la Basilique de Vézelay, c’est donc avec eux qu’il faut, ce jour-là, écouter le jeune ensemble et la musique qu’il propose. Pour l’ensemble en résidence, c’est l’occasion de chanter, face à la nef, face à ces deux vantaux ouverts sur la lumière et le village, et face à près de 400 spectateurs, le programme de leur résidence.

 

L’occasion devient tradition et l’anecdote devient rendez-vous.

 

Souvent, j’entends mes collègues se plaindre de l’attitude du clergé face aux organisateurs de concerts. Par mon métier d’organiste, j’ai l’occasion de le côtoyer fréquemment et je dois avouer que je n’ai eu que très rarement à souffrir d’attitudes peu compréhensives. Souvent, la clef de voûte est dans la compréhension des motivations profondes, parfois très enfouies derrière un discours parfois un peu tout fait. des deux côtés d’ailleurs. Mais cette question de l’écoute et l’échange fructueux dépasse de beaucoup la simple question de l’organisation d’un concert dans une église et les actualités sont malheureusement là pour nous le rappeler.

 

Ici, à Vézelay, en deux ans et demi, jamais l’ombre d’un nuage n’est venu obscurcir le ciel serein qui préside à nos relations avec les fraternités monastiques de Jérusalem et le recteur de la Basilique. C’est une chance, pour nous.  De les écouter, pour eux aussi.

 

Comme quoi, c’est possible…
Nicolas Bucher