La « normalitude » du public – Edito #9

sheep2Il y a beaucoup de choses que l’on n’enseigne pas dans les conservatoires supérieurs, que ce soit en France ou ailleurs. Je le confesse, j’ai dirigé les études de l’un d’eux et je suis donc bien placé pour le savoir.
Pour être plus précis, je pense que l’on enseigne trop de choses dans les conservatoires supérieurs, bien qu’aucune des matières que l’on traite ne soit inutile.
Mais on préfère bien souvent une tête bien pleine à une tête bien faite ou en tout cas à une tête bien ouverte. A l’instar de Montaigne, j’aimerais que les étudiants soient plutôt des feux que l’on allume que des vases que l’on emplisse, mais même avec des citations du XVIe siècle, l’idée paraît parfois futuriste.

on n’enseigne pas « le public » aux étudiants musiciens

Aujourd’hui, à Vézelay, dans un rôle bien éloigné de l’enseignement, j’en viens à constater une chose : on n’enseigne pas « le public » aux étudiants musiciens.
Ce n’est pas une surprise et ce n’est peut-être pas regrettable
Mais on n’enseigne quasiment pas la notion de public aux étudiants musiciens. Et ça, aujourd’hui, ça commence à m’interroger.

vieuxDe ses premiers pas au conservatoire jusqu’à la scène professionnelle, un musicien va passer devant une multitude de publics.
D’abord, il va jouer au cours d’auditions de classes (parents et amis, dans le meilleur des cas), puis, en fonction du conservatoire dans lequel il étudie, il aura peut-être l’occasion de participer à quelques projets qui dépassent l’audition de classe.
Dans ses études supérieures, l’étudiant va être confronté à un public bien spécifique : le public qui suit les concerts d’un CNSM (ou d’un pôle supérieur). Bien souvent des retraités passionnés et spécialisés.

Finalement, au sortir de ses études, un apprenti-musicien ne va jamais (ou presque) se retrouver devant un public « normal ».

Aïe, nous y voilà.

Le public « normal » n’existe pas. Il existe une sociologie des publics, des idées reçues également, quelques stéréotypes, mais pas de « public normal ». Voilà sûrement pourquoi on n’enseigne pas le public aux étudiants. Car ce n’est pas « normable ».

En revanche, construire un programme pour un public en particulier, ça s’apprend, ou, au moins, ça s’expérimente.
Voilà une des choses que l’on espère apporter à nos jeunes ensembles : le public de la Basilique à 16 heures n’est pas le même que le public de la Cité à 17h, même si, globalement, les gens qui le constituent sont les mêmes. Et ouais !
On entend aussi souvent parler, principalement chez nos cousins du théâtre, du public comme un partenaire. Souvent pour entendre , dans la minute qui suit, que « ce soir, il y avait un bon public » ou un « mauvais public » ou froid, ou chaleureux.
Drôle de partenariat…

Une fois de plus, je n’ai pas la solution et je ne prêche aucun dogme, mais j’espère simplement qu’en quittant Vézelay, nos ensembles sont plus sensibilisés à la question du public qu’en arrivant.
Afin d’être toujours plus pertinent, à la fois dans la construction du programme, dans la gestion du concert et dans la relation d’après-concert.

La plupart du temps, ils font cela très bien.