Musique, innovation et camembert ?

oui-nide-iouAoût 2014, Paris, ces boulevards vides aux cliquetis des appareils photos de touristes. Dernière ballade avant de partir en vacances, dernières pensées qui vagabondent au grès des monuments.

Le même vide d’innovation demeure depuis des années dans le monde de la musique et son industrie. Cela en devient presque risible : les mêmes œuvres jouées, les mêmes artistes médiatisés, des critiques au même style depuis 50 ans que l’on lit plus par habitude que par nécessité (un peu comme la cigarette après le café…), aucune innovation technologique. Une innovation technologique rendue quasi impossible par un contexte économique délicat qui paralyse beaucoup d’entreprises culturelles. Un fossé se creuse séparant progressivement les acteurs du monde artistique au monde de plus en plus complexe définit par la technologie de l’information et de la communication. Les acteurs du monde de la culture se protègent comme ils peuvent en défendant le régime de l’intermittence, une aberration dans nos économies modernes : un secteur entier sous perfusion qui n’arrive pas à « créer » suffisamment de demande : l’offre étant totalement déconnectée des préoccupations d’un public potentiel. Ce moment dramatique pour les intermittents m’incite à relire Marx…

Dans cette ambiance morose où tout le monde se regarde en chiens de faïence, il y a quelques exceptions, Qobuz par exemple, mais je me demande bien combien de temps le service de streaming en flac va durer et combien il compte d’abonnés… cependant cela n’intéresse probablement plus personne puisque le streaming en flac existe depuis des années grâce à des solutions open-source que l’on trouve partout sur le net. Personnellement je me suis construit un serveur de musique que je pouvais écouter partout bien avant l’arrivée de Qobuz.

20140904_145932L’innovation n’est pas vraiment là… en France on a besoin de compression. Avec une économie stagnante, un territoire qui ne sera vraisemblablement jamais fibré dans son intégralité, nous avons tout intérêt à développer des algorithmes de compression (éventuellement sans perte) de plus en plus efficaces. De plus en plus d’information sans augmentation de la bande passante. La France a besoin d’autre source d’énergie que le nucléaire ? Pourquoi ne pas penser des serveurs de distribution de la musique qui utiliseraient d’autres énergies ? Nous ne sommes plus tributaires des formats physiques ? Pourquoi ne pas enrichir l’Internet des objets avec de nouveaux supports sonores ? Le monde culturel est en déficit de communication ? Pourquoi ne pas mutualiser nos moyens techniques (par exemple entre labels de musique indépendants) pour le traitement de l’information autour des métadonnées ?
Dans ce chemin ardu, notre modeste structure Cordes & Âmes s’est toujours tenue à son projet initial et ambitieux : proposer une communication indépendante, originale et profonde en évitant l’abonnement payant et les publicité intrusives.

Août est maintenant derrière nous et je reprends l’écriture de cet article. Dans l’agitation urbaine frénétique (et rassurante…) qui comble le vide des boulevards, nous vivons l’éclosion d’une nouvelle ministre  ! On ne peut voir que d’un bon œil cette mélomane amatrice de l’Arpeggione par Britten et Rostro. Olivier Bellamy qui nous a offert un nouvel édito de rentrée C’est quoi « transformer la société » ? se tournerait-il vers la politique en venant d’un milieu artistique ? Un art difficile… mais la démarche est louable. Une réflexion me vient après avoir parcouru son article.

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L’Art transforme la société lorsque l’artiste comprend les enjeux de la société qui l’entoure, en utilisant des outils contemporains. Léonard de Vinci en est une parfaite illustration, plus proche de nous le grand Einstein, violoniste. Je n’ai pas connaissance d’une œuvre artistique actuelle (musicale ou autre) qui rende compte de la complexité de notre temps, ou – pour être plus clément – d’un artiste vulgarisant et glosant sur le monde avec des mots et concepts justes.
Personne n’est blâmable, si ce n’est un système éducatif (général et artistique) qui forme des individus unidimensionnels en parfait décalage avec le monde actuel…

Bonne rentrée à tous !

Matthieu Fontana