Rencontre avec le metteur en scène Jean-Romain Vesperini

jean-romain_vesperiniAssistant « maison » de mise en scène à l’opéra Bastille il y a quelques années, il reprend aujourd’hui le « Faust » de Gounod que Jean-Louis Martinoty a eu peine à défendre en 2011. Pour la saison 2015, le chef d’orchestre Michel Plasson refuse de diriger la reprise de cet opéra dans la version controversée de Martinoty. La direction de l’opéra propose alors une adaptation « plus classique et au service de la musique tout en réutilisant une partie du décor ».

Nouvelle mise en scène donc, avec pour seule contrainte et non des moindres, la réutilisation d’une partie des décors. Relifting complet : Jean-Romain voit cela comme un exercice de style. Il nous confie « on attend des jeunes générations qu’elles choquent, mais peut-être aimons-nous le conventionnel ». Il poursuit, rappelant que « l’on va souvent trop loin dans l’opéra, beaucoup plus loin aujourd’hui que dans le théâtre, il arrive que la mise en scène dénature complètement l’œuvre ».

Le temps joue contre lui – 15 jours de répétitions, 6 répétitions avec le chœur, pas de générale – avec un budget que l’on imagine serré, Jean-Romain revisite le « Faust » et le situe dans les années 30. Choix judicieux de l’entre-deux-guerres et la crise de 29 : des dictatures émergentes balaient les conventions sociales du XIXᵉ siècle. « Entre deux mondes, tout comme comme Faust » poursuit le metteur en scène passionné. Cette période offre une mise en perspective intéressante de scènes de l’opéra comme celle du cabaret, ou celle des soldats.

« J’ai demandé à ce que les costumes soient refaits, modifié le plus possible les décors et le mobilier. Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec le chœur, en pensant jusque les costumes en fonction des artistes, en évitant de plaquer un concept sur eux. Je base mon travail sur le respect et l’écoute ce qui a permis le bon déroulement de la production ».

« Cette expérience de mise en scène à Bastille a démontré une fois de plus la très grande maison qu’elle est, son potentiel et son adaptabilité incroyable pour un metteur en scène et son équipe ». Un Faust à re-découvrir avec une « mise en scène qui n’aurait jamais pu exister si tout le monde n’avait pas mis son énergie ».

Faust, Opéra Bastille (Paris XIIᵉ) www.operadeparis.fr