« La musique a plus d’influence que la violence et la peur » – Nassim Dendane

Nassim DendaneNassim arrive à la terrasse d’une brasserie parisienne : souriant, avenant. La discussion s’engage autour de la musique, de la poésie, des arts, et de la spiritualité. Elle prendra fin quelques heures plus tard, comme un moment suspendu et magique ponctué par les élans passionnés de l’artiste dans ses domaines de réflexion.

Je crois fermement que l’on doit s’adapter à l’endroit où l’on va…

L’artiste, révélation masculine algérienne de l’année 2011, se présente avec beaucoup d’humilité : « Je viens d’une cité en Algérie où la vie est assez dure. J’y ai beaucoup appris, comme plus tard d’ailleurs dans les clubs de jazz parisiens… car ce sont des micro-sociétés. À la maison on parlait le dialecte de Tlemcen, je me suis toujours adapté pour parler d’autres dialectes à l’extérieur. Je crois fermement que l’on doit s’adapter à l’endroit où l’on va… »

Arrivé en France depuis quelques années, le musicien vit à Paris depuis quatre ans. « J’ai énormément étudié, alors que j’avais déjà une licence en direction des ressources humaines. Je trouvais mes amis français tellement savants, je me devais d’arriver à saisir l’opportunité d’apprendre et essayer d’intégrer le plus possible cette magnifique culture. »
« Je suis un éternel étudiant » dit-il en souriant ! « Pour moi, la vie est un livre. Je suis en France pour sa langue, et ce qu’elle permet de réaliser au niveau de la pensée, de la philosophie. » En l’écoutant parler, on se rend compte qu’effectivement il a le goût de la culture et des belles lettres. « Cela me permet d’ailleurs de dire qu’aujourd’hui, l’immigration n’est plus la même, la France devrait changer son point de vue sur ce sujet : ceux qui viennent en France ont fait des études, beaucoup ont un bagage culturel ; ils représentent un potentiel important… ».

Le jazz est la liberté, on apprend à flotter sur la mélodie.

musiciens gnawaIssu d’une famille de musiciens (son grand-père et son père), il a commencé la musique par l’étude du piano. Chez lui, Bach et Liszt étaient ses idoles. Il a ensuite découvert la musique algérienne, la musique Gnawa et pour finir le jazz. C’est aussi pour compléter l’apprentissage du jazz qu’il a décidé de venir en France. « Le jazz est la liberté, on apprend à flotter sur la mélodie. »

La musique est un lieu d’échange, un carrefour culturel

Pour Nassim, la musique est là pour amuser ou apaiser l’esprit, mais elle est avant tout un espace d’échange. Un des rares domaines où il ne devrait pas y avoir de concurrence. « Dans le monde de la musique, personne ne devrait être dans son coin. C’est un lieu d’échange, un carrefour culturel. C’est pourquoi j’adore partager ma musique avec les enfants. De plus, la musique ne s’arrête pas à l’électronique, j’aime le mélange des instruments acoustiques, le partage des timbres. La musique est fusion, elle suit le temps et évolue constamment dans l’histoire grâce aux rencontres : le flamenco, le tango… ».

Nassim explique qu’il aime le silence, condition d’une bonne écoute de la musique qui sait se faire désirer. Il aime aussi que le public s’assoit par terre, par respect pour la musique. « Le public devrait avoir une discipline vis-à-vis de la musique et non du lieu. »

J’ai appris que la musique pouvait nous aider à surmonter des épreuves, qu’elle avait plus d’influence sur les gens que la violence et la peur.

« Je crois que la musique et la spiritualité peuvent être liées : quelques-uns de mes morceaux traitent du terrorisme que malheureusement nous connaissons bien en Algérie. Nous avons appris à vivre avec. Durant toute une période, les explosions dans la ville étaient devenues banales. Un peu comme une porte qui se claque dans un appartement. J’ai appris que la musique pouvait nous aider à surmonter des épreuves, qu’elle avait plus d’influence sur les gens que la violence et la peur. Je ne veux surtout pas me mentir. Je pourrais sortir ma guitare sur les terrasses des cafés parisiens, habillé en costard avec une petite chemise à la mode. Ça marcherait très bien. Or je veux faire passer un message, je cherche donc à ancrer ma musique plus profondément, trouver des mots qui soient justes et pas seulement tendances. »

« La composition est pour moi une sorte de transe durant laquelle j’oublie tout. La musique sort intuitivement. C’est de cette manière qu’il m’arrive de m’étonner en me réécoutant ! Je vous donne un de mes petits secrets pour arranger mes morceaux ethniques afin de les rendre audibles par une oreille occidentale : cela commence par la substitution d’instruments (je remplace les instruments orientaux et africains par les instruments universels occidentaux), puis je retire les répétitions des chants et garde seulement les parties solistes, afin de condenser les morceaux au format occidental. Je suis alors un médiateur culturel. » dit-il en souriant.
Nassim Dendane
« Mon premier album qui a vu le jour grâce au financement participatif est quasiment un live. J’ai été éduqué à faire les choses bien, en tout cas du mieux que je pouvais. C’est là aussi par respect pour l’autre. Je pense que le « re-re » et autres retouches par les ingénieurs du son ont parfois nui à la musique vivante. Si j’arrive à réaliser mon deuxième album grâce au public, il sera donné à la sortie des concerts. J’ai encore beaucoup de projet dans ma besace ! Mon rêve : parvenir à jouer avec un orchestre symphonique. Et pourquoi pas intégrer de l’hébreu, du berbère, et autre langues et dialectes, dans quelques-unes de mes compositions, dans l’espoir de réconcilier les cultures et religions d’Algérie ? »

La musique rapproche les gens, les peuples, les cultures et Nassim réussit ce pari de rassembler les rives méridionales à travers une musique originale à la croisée des musiques modernes et traditionnelles.

Page Ulule du deuxième album de Dendana

Propos recueillis par Matthieu Fontana

Crédits photos : Bernard Nicolau-Bergeret