Respiro Tango … et vivre la musique.

Quinteto Respiro TangoC&A : Pourquoi avoir choisi le tango comme mode d’expression ?

RT : On ne peut pas choisir le tango. C’est en fait lui qui nous a trouvés. A la manière d’un coup de foudre il est apparu dans nos vies au détour du plus pur hasard, et nous n’avons plus pu le quitter depuis.

C&A : On le voit bien dans les compositions que vous jouez, le tango demeure aujourd’hui un espace de création, comment pouvez-vous l’expliquer ?

RT : Le tango est une musique vivante. N’oublions pas qu’elle a à peine plus d’un siècle d’existence, et qu’aujourd’hui encore elle est en pleine évolution. Par ailleurs le fait que le tango prenne ses racines dans un contexte multiculturel lui donne depuis toujours cette malléabilité exceptionnelle qui selon nous permet à ceux qui le composent et l’interprètent une grande marge de liberté créatrice.

Buenos AiresC&A : Comment trouver du sens dans interprétation lorsque l’on adopte une culture qui n’est pas sienne ?

RT : Comme nous l’avons évoqué ci-dessus, le tango, de par la manière dont il est né, issu de tant de brassage ethniques et culturels permet finalement à quiconque d’y retrouver quelque part quelque chose de parlant.
De plus, nous avons dès le début de notre rencontre avec cette musique tenu à l’apprendre avec des musiciens argentins. De ce fait, nous avons pu nous imprégner très naturellement de la philosophie qui l’entoure.

C&A : Quel est votre rapport avec des compositeurs de « tango » actuels ? En quoi est-ce important ?

RT : Nous essayons autant que possible d’avoir un maximum de contacts directs avec eux. Nous jouons leurs œuvres, leurs arrangements, donc si nous voulons faire vivre leur musique il faut bien sûr la vivre avec eux pour être au plus près de leur vision du tango. A l’inverse il est capital pour eux de pouvoir trouver des musiciens tels que nous qui souhaitent ardemment défendre leur répertoire. Nous nous voyons régulièrement, pour discuter et/ou jouer avec eux. Nous développons de ce fait un vrai lien affectif, ce qui aide grandement à trouver un sens à la musique que nous jouons.

Tango_femuruyC&A : Comment êtes-vous parvenus à trouver une place entre le « tango musique dansée » et le « tango musique interprétée » ?

RT : Notre premier but n’a jamais été de faire danser les gens avec notre musique. Cependant le répertoire traditionnel est pour nous incontournable. C’est un peu comme travailler du J.S. Bach en classique : cela nous permet de revenir à l’essentiel, à une base musicale la plus saine possible et d’en puiser les ressources pour jouer le reste. Nous travaillons d’ailleurs régulièrement en « workshop » avec des musiciens spécialisés dans le tango de bal, afin d’apprendre à en connaître toujours mieux les codes et les conventions.

C&A : Pourquoi avoir choisi cette formation spécifique et finalement atypique pour le tango ?

RT : Le Quinteto en tango, c’est un peu la formation reine. Symbole par excellence de liberté créative depuis Piazzolla, c’est dans cette formation que l’on peut se permettre une balance parfaite entre dimension sonore et finesse d’interprétation. Ici, on peut avoir un son orchestral, mais aussi être très intimes. L’idée de la clarinette nous est venue très naturellement, en découvrant le répertoire de Gustavo Beytelmann qui l’utilise beaucoup. Nous avons trouvé qu’elle ferait un trait d’union parfait entre tradition et modernité, puisqu’à l’époque d’Horacio Salgán déjà nous pouvions retrouver la clarinette basse dans l’orchestre. Les deux instruments nous permettent d’apporter soit du relief à la ligne de basse, ou bien des sonorités qui se marient à merveille avec les dynamiques du bandonéon et du violon. Ce sont aussi des instruments qui se prêtent magnifiquement à l’improvisation et amènent une touche jazz supplémentaire à l’ensemble.

Quinteto Respiro Tango 2C&A : En quoi les différentes personnalités de votre groupe sont-elles complémentaires ?

RT : Ce sont nos différences qui nous permettent justement de rendre la musique à la fois plus riche et plus équilibrée. Même si bien évidemment il arrive qu’il y ait des moments de désaccord, la plupart
du temps nous ne cherchons pas à aligner les uns et les autres forcément sur une même longueur d’ondes. Chacun apporte à sa manière à la musique ce qu’il a à lui donner, et la plupart du temps cela marche à merveille car nous respectons au final la même règle : être sincères en toutes circonstances dans nos interprétations.

C&A : Quels sont vos projets futurs ?

RT : Nous avons comme projet d’enregistrer les dix arrangements et compositions de Gustavo Beytelmann écrites et arrangées pour notre ensemble. Plus loin dans le temps nous voudrions sortir un cd de tangos traditionnels et de milongas, nous avons également plusieurs gros festivals à préparer. Nous sommes en préparation d’un grand projet de concert en format “Quintette soliste et Orchestre“.

Quinteto Respiro Tango : Émilie Aridon (piano), Sabrina Condello (violon), Sébastien Innocenti (bandonéon), Fabio Lo Curto (clarinettes), Dorian Marcel (contrebasse).
Crédits Photo : Florence Jamart, celta4, femuruy