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	<title>Cordes et Âmes</title>
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	<description>premier label numérique 3.0</description>
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		<title>Let’s go digital !</title>
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		<pubDate>Tue, 14 May 2013 16:03:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hannelore Guittet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Featured]]></category>
		<category><![CDATA[Musique 2.0]]></category>
		<category><![CDATA[Musique et Société]]></category>
		<category><![CDATA[CD]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Ce titre se veut une réaction à cette surprenante pétition qui circule en ce moment (...) pour protester contre la fermeture des boutiques Harmonia Mundi.
Les ayatollahs du CD ne lâchent décidément pas l’affaire, et continuent ainsi à déplorer la mort de la distribution à grande échelle du CD (...) chers signataires, il faut bien comprendre que sur la plupart des CD que vous achetez et dans ce système que vous défendez, les interprètes (que paradoxalement vous voulez soutenir) ne sont presque pas rémunérés. L'enjeu est bien plus important que la disparition ou pas d'un support musical : il porte sur la redéfinition du partage de la valeur au sein de l'industrie phonographique.</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/05/14/lets-go-digital/">Let’s go digital !</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5524" alt="dead cd - tara severns - CC BY-NC 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/05/dead-cd-tara-severns-CC-BY-NC-2.0-250x250.jpg" width="250" height="250" /><em>Let’s go digital</em>…ce titre se veut une réaction à cette surprenante pétition qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux, pour protester contre la fermeture des boutiques Harmonia Mundi.</p>
<p style="text-align: justify;">Les ayatollahs du CD ne lâchent décidément pas l’affaire, et continuent ainsi à déplorer la mort de la distribution à grande échelle du CD.</p>
<p style="text-align: justify;">Non pas qu’il faille s’en réjouir ! Mais peut-être serait-il temps de prendre acte de la situation, et de regarder vers le futur, plutôt que dans le rétroviseur. Quel aveu d’impuissance en effet que cette pétition ! Un seul de ses signataires croit-il vraiment qu’un tel texte puisse changer quoi que ce soit ? Des alternatives existent, mais il faut d’abord sortir de cette impasse psychologique qui oppose systématiquement le physique et le numérique.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, ne privons pas de leur sens les pétitions en en rédigeant à tout bout de champ… une pétition pour demander la libération d’otages, ou faire pression sur un gouvernement, pourquoi pas ? Mais pas pour sauver Willy ni Harmonia Mundi… Chers indignés, créez l’Amicale du CD, l’association des Amis des boutiques Harmonia Mundi, faîtes un groupe sur Facebook, les solutions ne manquent pas…mais une pétition, sérieusement ? Pour en référer à qui ?</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-5525" alt="frisbees - rob friesel - CC BY-NC-SA 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/05/frisbees-rob-friesel-CC-BY-NC-SA-2.0-200x250.jpg" width="200" height="250" />D’aucuns pointent du doigt la surabondance de l’offre, en effet pléthorique, de nouveaux albums qui sortent chaque mois, et laissent entendre que l’exigence artistico-technico-éditoriale est la solution à la survie du disque. Cela me fait penser à un refrain d’Alain Souchon : « <em>Que c’est gentil, que c’est beau (Arlette it be, Arlette’s go)</em> »…quelle naïveté que de se donner ainsi du courage en s’auto-persuadant que si « les autres » ne vendent pas, c’est parce qu’ils ne sont pas assez exigeants. C’est évidemment beaucoup plus complexe…même les plus beaux labels, les plus intransigeants, qui ne souffrent aucunement d’un manque de reconnaissance de leur savoir-faire, ont la tête sous l’eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Le public ne s’est pas détourné du disque à cause d’un effondrement qualitatif de l’offre, c’est bien évidemment l’arrivée du numérique et des générations &laquo;&nbsp;digital natives&nbsp;&raquo; qui a bouleversé la donne et révolutionné les modes de consommation de la culture.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5523" alt="K7 vintage - viking_79 - CC BY-NC-SA 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/05/K7-vintage-viking_79-CC-BY-NC-SA-2.0-250x167.jpg" width="250" height="167" />Car on consomme la culture désormais, on la dévore, on l’ingurgite. Les &laquo;&nbsp;K7 natives&nbsp;&raquo;, pendant ce temps, versent des larmes sur leurs collections de CDs qu’ils souhaiteraient léguer en héritage à leur digital grand kids. Au risque de vous décevoir, chers dinosaures, vos CDs ont une espérance de vie bien plus courte que la vôtre ! 20 ans tout au plus, quel que soit le culte que vous leur vouez !</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, des rumeurs persistantes laissent présager la disparition des lecteurs CDs des ordinateurs Macs…quand on connaît la force de frappe industrielle d’Apple, ça ne laisse pas beaucoup d’espoir quant à l’avenir des platines. On aura l’air fin avec notre collection de frisbees…</p>
<p style="text-align: justify;">L’industrie du disque est exsangue, tous les jours des musiciens se font abandonner par des producteurs qui n’ont plus les moyens d’assumer le moindre risque financier…pour une raison bien simple : la notion de risque n’existe même plus, elle a été remplacée par celle de perte.<br />
<span class="pullquote"><!--  On n'encourage pas la mise à mort du CD en dématérialisant, mais on donne un peu d'air à cette économie à bout de souffle, en court-circuitant des intermédiaires qui se gavent (et polluent).  --></span>Tout le monde est touché, les petits artistes anonymes comme les « gros », à qui l’on demande désormais de mettre la main à la poche pour enregistrer : le plateau artistique est maintenant quasiment systématiquement pris en charge par les ensembles, quand les musiciens ne sont pas tout simplement bénévoles, les salles sont mises à disposition grâce à des arrangements, du copinage, des échanges de bons procédés. Les producteurs demandent de plus en plus souvent aux artistes de s’engager à acheter plusieurs centaines d’exemplaires de leur propre disque, ce qui n’est qu’une part de coproduction déguisée, mais qui n’est évidemment pas contractualisée comme telle…le monde à l’envers.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-il utile d’ajouter que les recettes des ventes ne rémunèrent pas les artistes, à peine les producteurs, et ne suffisent pas à amortir le coût des productions ? Comment se mettre des œillères et ignorer une telle conjoncture ? La pétition pour la sauvegarde des boutiques Harmonia Mundi est en ce sens lourde d’implications : camper sur de telles positions conservatrices, se refuser ainsi à l’évidence, c’est cautionner un système moribond qui n’est plus respectueux du travail des artistes. C’est se recroqueviller égoïstement sur un petit plaisir solitaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors chers signataires, il faut bien comprendre que sur la plupart des CD que vous achetez et dans ce système que vous défendez, les interprètes (que paradoxalement vous voulez soutenir) ne sont presque pas rémunérés. L&rsquo;enjeu est bien plus important que la disparition ou pas d&rsquo;un support musical : il porte sur la redéfinition du partage de la valeur au sein de l&rsquo;industrie phonographique.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5522" alt="digital native - gideon burton - CC BY-SA 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/05/digital-native-gideon-burton-CC-BY-SA-2.0-250x250.jpg" width="239" height="239" />So what ? Let’s go digital ! On n&rsquo;encourage pas la mise à mort du CD en dématérialisant, mais on donne un peu d&rsquo;air à cette économie à bout de souffle, en court-circuitant des intermédiaires qui se gavent (et polluent).<br />
Savez-vous que certains distributeurs physique ponctionnent jusqu’à 45 % des recettes des ventes ? Pour acheminer des disques dans des fonds de bacs d’enseignes qui disparaissent les unes après les autres (hier HMV, aujourd’hui Harmonia Mundi, demain Virgin, la Fnac ?)&#8230; à moins de s’appeler Cecilia Bartoli ou David Bowie, à qui servent encore ces intermédiaires coûteux ?<br />
Sans parler du bilan carbone : l’impact environnemental de la fabrication d&rsquo;un CD est non négligeable. Le téléchargement d&rsquo;un album de 60 à 100 Mo nécessite la production de 400 g de dioxyde de carbone (CO<sub>2</sub>), contre 700 g pour graver ce même fichier sur un CD, et 1100 g avec un boîtier en plastique.<br />
Si l&rsquo;on y ajoute l&rsquo;empreinte écologique du circuit de distribution (acheminement en magasin, et trajet du consommateur pour aller acheter l&rsquo;album) un CD « dégage » quasiment dix fois plus de CO<sub>2</sub> qu&rsquo;un mp3 (1).</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote pqRight"><!-- L’impact environnemental de la fabrication d’un CD est non négligeable. Si l'on y ajoute l'empreinte écologique du circuit de distribution, un CD « dégage » quasiment dix fois plus de CO2 qu'un mp3 --></span>Quoiqu’il en soit, Harmonia Mundi ou pas, le CD continue d’exister dans un circuit parallèle, celui, plus confidentiel, des ventes après-concert. Aussi est-il contre-productif d’opposer de façon trop manichéenne le physique et le numérique. Les deux formats peuvent très bien cohabiter : le numérique offrant une plus-value multimédia pour les supports de communication, et une exposition plus large grâce aux réseaux sociaux notamment, le physique matérialisant lui le souvenir d’un concert, symbolisant l’échange de l’artiste avec son public.<br />
Mais en tout état de cause, pas besoin, pour vendre quelques centaines de disques à des concerts, de distributeur…à bon entendeur !</p>
<p style="text-align: justify;">Tant qu’on entretiendra la nostalgie des gros circuits de disquaires, on favorisera de fait une sclérose de la création en perpétuant un système dont les aides à l’enregistrement sont toujours, aujourd’hui, subordonnées à un contrat de distribution physique.<br />
On encouragera un système qui ne rémunère que peu ou prou les interprètes. On tournera le dos à une frange importante d’autoproducteurs, de labels, de distributeurs numériques indépendants, qui sont de plus en plus nombreux.</p>
<p style="text-align: justify;">S&rsquo;accrocher à ce modèle, c&rsquo;est aussi tourner le dos plus spécifiquement aux créateurs-compositeurs, qui n’ont souvent tout simplement pas les moyens, quand bien même auraient-ils accès à un distributeur physique, de payer les frais de fabrication des disques et la note de la SDRM (cette dernière visant à protéger leurs œuvres…quand elle devient un obstacle, c’est tout de même un comble !).</p>
<p style="text-align: justify;">Alors tournons la page sans trop de sentimentalisme, le CD aura connu malgré tout une belle histoire&#8230;but let’s go digital !</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Hannelore Guittet</strong></p>
<p style="text-align: right;">remerciement spécial à Matthieu Fontana</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) <a href="http://www.slate.fr/story/11541/MP3-CD-Ecologie-chanson-douce-pour-la-planete" target="_blank">http://www.slate.fr/story/11541/MP3-CD-Ecologie-chanson-douce-pour-la-planete</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Photographies : </strong>viking_79 (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-NC-SA 2.0</a>), Gideon Burton (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>), Tara Severns (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-NC 2.0</a>), Bob Friesel (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-NC-SA 2.0</a>)<strong><br />
</strong></p>
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		<title>Souffrance au travail : une aide par la musicothérapie</title>
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		<pubDate>Thu, 28 Mar 2013 08:03:32 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Corps et Âmes]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Il est intéressant d'observer les références symboliques affichées comme modèles : le guerrier, le marin, le héros sportif ou le chef d’orchestre, images très valorisées en entreprises, véhiculant le modèle social d’un pouvoir conquérant, solitaire, virtuose. Mais ces comparaisons réductrices dissimulent mal, chez ceux qui les manient, la valorisation de comportements égocentriques liés à une exacerbation de la frénésie. On estime à 28% le nombre de salariés européens souffrant de troubles liés à un état de stress professionnel (...) le recours à la musique a pu être ainsi présenté (...) comme une technique efficace pour favoriser le mieux-être, la détente et la cohésion. </p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/03/28/souffrance-au-travail-une-aide-par-la-musicotherapie/">Souffrance au travail : une aide par la musicothérapie</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5463" alt="Music feels good - AndYaDontStop - CC BY 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/03/Music-feels-good-AndYaDontStop-CC-BY-2.0-250x166.jpg" width="293" height="191" /><strong>Quand le travail devient souffrance :</strong></p>
<p><strong>La « valeur » travail</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Avant toute chose, il est bon de se rappeler que le travail répond fondamentalement à la nécessité de subsistance. Cette seule perspective «alimentaire» souvent méprisée a pourtant toute sa valeur.<br />
L’importance que l’individu donne à son activité professionnelle par rapport aux autres activités sociales et privées relève de sa liberté personnelle. De ce point de vue, le sur-investissement au travail qui finit par appauvrir la vie tout entière et débouche sur des pathologies nouvelles, ne saurait être considéré comme un modèle.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour opérer le recul nécessaire, il est utile de se rappeler l&rsquo;importance qu’a pu avoir l’«œuvre», voire le «chef-d’œuvre » dans le rapport au travail avec ce que cela implique quant à la stabilité, à la permanence, à la durée, notions auxquelles peut venir s’ajouter la beauté. Alors que le « travail » ne procure souvent qu’un plaisir fugace et un effort perpétuellement recommencé, l’œuvre peut donner assurance et satisfaction, être source de confiance en soi.</p>
<p style="text-align: justify;">On perçoit bien qu&rsquo;il y a là plus qu&rsquo;une affaire de nuance mais qu&rsquo;on aborde le sens même que nous donnons à notre travail. A défaut de ce sens profond, le travail est condamné à se confondre avec son étymologie : travail de trepalium, chevalet sur lequel on soumettait à la torture et dès lors consubstantiel au tourment et à une forme de malédiction dont le «travail» de l&rsquo;enfantement marquerait les prémisses&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignright size-medium wp-image-5466" alt="manipulation - medien guerilla - CC BY-NC-ND 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/03/manipulation-medien-guerilla-CC-BY-NC-ND-2.0-187x250.jpg" width="187" height="250" />Quand le « management » devient manipulation &#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les outils de management proposés aujourd’hui en modèles développent une approche psychologique issue des théories néo-behavioristes américaines qui réduisent le fonctionnement de l’être humain à une série de mécanismes élémentaires dont la connaissance et le maniement approprié permettraient d’atteindre la plus haute performance.<br />
La conception du management actuel a véhiculé le fantasme d’une entreprise consensuelle et homogène. C’est comme si on avait voulu faire en sorte que le lien entre dirigeants et dirigés ne soit plus contractuel, que le pouvoir et la hiérarchie se fassent invisibles. Au sein de l’entreprise moderne, les rapports deviendraient en quelque sorte fusionnels.<br />
Cela repose sur une ambiguïté fondamentale qui tend à nier les rapports de pouvoir au sein de l’entreprise. Or, pourquoi faudrait-il à tout prix que les salariés adhèrent à des orientations ou à des choix sur lesquels ils n’ont guère de prise ? Pourquoi leur laisser croire ou faire comme si dans l’entreprise tout le monde était pareillement concerné et responsable ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’entreprise rassemble des personnes pendant une durée limitée, le temps de travail, en vue de la production de biens et de services. Le fait qu’elle constitue un collectif humain qui, comme tel, comporte bien d’autres dimensions que l’économie ne justifie pas pour autant qu’on puisse la considérer sur le modèle de la famille, d’une communauté d’appartenance ou de la cité, sauf au prix d’un mélange des genres aux effets déstructurants.</p>
<p style="text-align: justify;">Le salarié est soumis à des impératifs de rythme et de charge mentale plus informels. Il y a une perpétuelle redéfinition des tâches qui ne lui permet plus de développer une stratégie de préservation.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5475" alt="louis de funès" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/03/louis-de-funès-250x169.jpg" width="250" height="169" />Et face aux éventuelles difficultés d&rsquo;adaptation génératrices de mal-être, l’évocation de facteurs individuels est bien pratique car elle permet d’éviter la question du problème collectif et les interrogations sur l’organisation même du travail (voir Philippe Askenazy, chargé de recherche au CNRS).</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est un des paradoxes de l’entreprise que d&rsquo;offrir le plus souvent le spectacle notamment de dirigeants stressés dominés par leurs émotions, précisément parce qu’ils persistent à les ignorer. Or les membres d’une entreprise, quelle qu&rsquo;elle soit, ont un cœur et une raison dont on ne peut pas faire abstraction ; outre la compréhension intelligente des faits, ils aspirent à la reconnaissance de ces émotions, de leurs erreurs et de leurs difficultés dans l’accomplissement de leurs tâches.<br />
Il est intéressant d&rsquo;observer les références symboliques affichées comme modèles : le guerrier, le marin, le héros sportif ou le chef d’orchestre, images très valorisées en entreprises, véhiculant le modèle social d’un pouvoir conquérant, solitaire, virtuose. Mais ces comparaisons réductrices dissimulent mal, chez ceux qui les manient, la valorisation de comportements égocentriques liés à une exacerbation de la frénésie.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote pqRight"><!-- L’appel lancinant à la mobilisation pour la compétitivité et la pression qu’elle exerce sur chacun peuvent conduire à des résultats paradoxaux (...) force est de constater que la musique elle-même n'échappe pas à cette course à la performance et au toujours plus. Depuis un siècle, le diapason est mis sous tension. --></span> L’appel lancinant à la mobilisation pour la compétitivité et la pression qu’elle exerce sur chacun peuvent conduire à des résultats paradoxaux. Car tandis que l’on ne cesse de souligner la nécessité d’une plus grande coopération de tous dans le travail, l’exigence de la performance à tout prix et la crainte du chômage peuvent conduite à un repli individuel qui finit par aller à l&rsquo;inverse de cette coopération souhaitée.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, le management «sous tension» a fait ses preuves … par le vide et n’est plus cité en méthode par qui que ce soit du fait de l’inefficacité à long terme.</p>
<p style="text-align: justify;">Au demeurant, force est de constater que la musique elle-même n&rsquo;échappe pas à cette course à la performance et au toujours plus. Depuis un siècle, le diapason est mis sous tension. A l’époque baroque il se trouve à 415 Hz, passant à 423 Hz du temps de Mozart avant d&rsquo;être fixé à 435 Hz en 1859. Aujourd’hui il se trouve à 440 Hz (et même à 444 Hz à Vienne).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Stress et souffrance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le stress est un état de tension, une réaction biologique et psychologique à une situation contraignante. Il faut distinguer le stress aigu (face à un évènement ponctuel) du stress chronique où l’individu est confronté à des contraintes durables. La coexistence de deux contraintes antagonistes génèrent un état de stress.</p>
<p style="text-align: justify;">La définition de base reste celle de Selye : «<em>ensemble des réactions d’adaptation (physiologiques, somatiques, psychologiques) de l’organisme humain à tout stimulus externe et à tout changement</em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l’agence de Bilbao (agence européenne pour la sécurité et la santé au travail), le stress au travail est un «<em>phénomène survenant lorsque les exigences de l’environnement du travail excèdent les capacités d’adaptation de l’individu ou ses capacités à les maîtriser</em>» (François Pellet, médecin du travail).</p>
<p style="text-align: justify;">Deux catégories de facteurs peuvent être identifiés :</p>
<ol>
<li>stress de l’inhibition : conflits de rôle, manque de clarté des objectifs, surcharge ou sous-charge de travail, conflits interpersonnels, manque de communication …</li>
<li>stress de la performance : changements d’échelle de l’économie (mondialisation, augmentation de la concurrence, choc des cultures) ;<br />
évolutions des modes de travail (passage à des systèmes d’organisation matricielle, flexibilité, adaptabilité, évolution du temps de travail) ;<br />
gestion du temps (culture de l’urgence, NTIC, traitement des dossiers en ‘temps réel’) ;<br />
évolution des techniques de management des hommes (reposant plus sur l’affect, exigeant plus d’investissement personnel) ;<br />
modes de communication interpersonnels (moins de temps pour se voir, pour parler).</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Même si l’état de stress n’est pas en soi une maladie, c’est en devenant chronique qu’il peut provoquer des pathologies graves (maladies cardio-vasculaires, troubles musculo-squelettiques, troubles anxieux ou dépressions, déficience immunitaire, allergies).</p>
<p style="text-align: justify;">On estime à 28% le nombre de salariés européens souffrant de troubles liés à un état de stress professionnel. Le coût estimé pour l’entreprise – et plus globalement pour la société &#8211; finit par avoir un impact considérable sur l’activité (arrêts de travail, absentéisme, turn-over).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l’année 2000, le coût du stress au travail en France serait compris entre 830 et 1.656 millions d’euros, ce qui représente 10 à 20% des dépenses de la branche accidents du travail / maladies professionnelles de la sécurité sociale.<br />
L’autonomie plus ou moins grande laissée a un impact direct sur le stress. Ainsi, seulement 5% des cadres seraient en situation de stress, alors que ce chiffre monte à 27% pour les employés et 33% pour les ouvriers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que peuvent la musicothérapie et les techniques psycho-musicales ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Positionnement éthique :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tandis que se sont multipliées, au cours des dernières années, les manifestations parfois tragiques d&rsquo;un véritable malaise dans le monde du travail, on a vu proliférer dans le même temps les offres les plus diverses pour permettre aux entreprises comme aux salariés de «gérer» leur stress dans l&rsquo;objectif plus ou moins affiché d&rsquo;être encore plus performants et de s&rsquo;adapter à un changement présenté comme inéluctable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5462" alt="gym music - epiclectic - CC BY-ND 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/03/gym-music-epiclectic-CC-BY-ND-2.0-250x250.jpg" width="250" height="250" />A travers des méthodes de coaching et d&rsquo;animation en tous genres, le recours à la musique a pu être ainsi présenté, au demeurant avec d&rsquo;excellents arguments, comme une technique efficace pour favoriser le mieux-être, la détente et la cohésion. Force est toutefois de constater que derrière ces présentations séduisantes se dissimulent souvent des motivations moins avouables relevant, au mieux, de considérations commerciales et d&rsquo;opportunités de marché, au pire de techniques de manipulation pour faire accepter, en douceur, des mutations aux conséquences souvent traumatisantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre démarche est guidée par la conscience que certains modes d&rsquo;organisation du travail sont dommageables à l&rsquo;individu et peuvent être de nature à porter atteinte à sa dignité et à sa liberté, ainsi qu&rsquo;à sa santé physique et psychique.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, forts de la conviction que la musicothérapie et les techniques psycho-musicales se doivent fondamentalement d&rsquo;être au service de l&rsquo;humain dans le respect des personnes, et dans le cadre d&rsquo;une relation loyale, nous entendons demeurer vigilants contre toute tentative de récupération et d&rsquo;utilisation de ces techniques à des fins contraires à cette éthique.</p>
<p>Aussi, avec le concours de tous les acteurs engagés dans cette même réflexion, entendons-nous offrir, grâce à la musicothérapie, d&rsquo;une part une façon de contribuer à soulager le mal-être et les souffrances induites particulièrement par le contexte professionnel, et d&rsquo;autre part restaurer les ressources personnelles permettant à chacun de déterminer librement ses choix.</p>
<p><strong>Orientations possibles par un accompagnement en musicothérapie et techniques psycho-musicales :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le travail créatif, particulièrement en musique, est tissé d&rsquo;inspirations, d&rsquo;erreurs, d&rsquo;hésitations, de «copiages», toutes manières de procéder trop souvent proscrites dans un monde du travail qui tend à prôner le «zéro défaut». Musicothérapie et techniques psycho-musicales peuvent contribuer de bien des manières à réintroduire un souffle et une fluidité respectueuses des personnes et source d&rsquo;une authentique créativité pour &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">sortir d’un temps de l’urgence et retrouver apaisement, profondeur, recul ;</p>
<p style="text-align: justify;">restaurer la confiance en soi ;</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote pqRight"><!-- grâce à la musicothérapie, (...) contribuer à soulager le mal-être et les souffrances induites particulièrement par le contexte professionnel, et (...) restaurer les ressources personnelles permettant à chacun de déterminer librement ses choix. --></span><br />
revaloriser la valeur du travail en groupe, de l&rsquo;échange et de la solidarité ;</p>
<p style="text-align: justify;">restaurer le lien avec les autres dans un échange authentique ;</p>
<p style="text-align: justify;">définir une approche nouvelle de l&rsquo; «écoute collective», de la perception qui peut en naître, d&rsquo;une organisation des rapports d&rsquo;autorité et de complémentarité des compétences ;</p>
<p style="text-align: justify;">mesurer la mouvance de ses ressentis, de ses «premières impressions» ;</p>
<p style="text-align: justify;">prendre conscience de l&rsquo;inconstance de nos états intérieurs en constatant, par exemple, que nous n&rsquo;apprécions pas les mêmes musiques en permanence ;</p>
<p style="text-align: justify;">prendre conscience du «bruit» environnant qui s&rsquo;impose à nous, à notre «petite musique» ;</p>
<p style="text-align: justify;">approcher l’émotion vraie face aux émotions réactives suscitées par l’environnement ;</p>
<p style="text-align: justify;">échapper à l&rsquo;utilitarisme : la musique «ne sert à rien» et pourtant &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">entendre les dissonances qui sont partie intégrante de la musique (et de la vie &#8230;) et les façons de les résoudre sans vouloir empêcher à tout prix conflits et tensions ou s&rsquo;en rendre responsable ;</p>
<p style="text-align: justify;">redécouvrir la valeur du silence et de l&rsquo;inexprimé qui, pourtant, peuvent dire beaucoup. Prendre conscience que «communiquer» n&rsquo;est pas forcément synonyme de discours bavard et uniforme ;</p>
<p style="text-align: justify;">faire l&rsquo;expérience d&rsquo;une écoute de la musique non pas avec la raison mais tout notre être, et par le corps ;</p>
<p style="text-align: justify;">la joie de se savoir créateur et non pas agent soumis à des process imposés ;</p>
<p style="text-align: justify;">faire l&rsquo;expérience que l&rsquo;on doit accepter d&rsquo;être à jamais apprenti.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Le Corff</strong></p>
<p style="text-align: right;">Musicothérapeute</p>
<p style="text-align: right;"><a href="www.lamusiquequinousparle.fr" target="_blank">www.lamusiquequinousparle.fr</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Citations / Orientations bibliographiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">- Cadre réglementaire et conventionnel sur la prise en compte du stress au travail :</p>
<p style="text-align: justify;">Les textes actuels font obligation à l’employeur d’évaluer les risques, y compris psychosociaux, et de préserver la santé physique et mentale de ses salariés.</p>
<p style="text-align: justify;">Directive 89/ 391 transposée à travers les articles L.4121-1 à L.4121-5 du code du travail</p>
<p style="text-align: justify;">Accord national interprofessionnel « Stress au travail » du 2 juillet 2008</p>
<p style="text-align: justify;">- Dominique CHOUANIERE (médecin épidémiologiste, responsable du projet « stress au travail » de l’INRS)</p>
<p style="text-align: justify;">- Jean-Pierre LE GOFF « les illusions du management » &#8211; Ed. La Découverte</p>
<p style="text-align: justify;">- Rémi HUPPERT « le manager musicien » &#8211; Editions-d&rsquo;Organisation</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Photographies : </strong>AndYaDontStop (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/" target="_blank">CC BY 2.0</a>), Medien Guerilla (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>), Epiclectic (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nd/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-ND 2.0</a>), La Grande Vadrouille</p>
<p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/03/28/souffrance-au-travail-une-aide-par-la-musicotherapie/">Souffrance au travail : une aide par la musicothérapie</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Musique et temps&#8230; l&#8217;espace</title>
		<link>http://cordesetames.com/2013/03/16/musique-temps/</link>
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		<pubDate>Sat, 16 Mar 2013 15:59:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Fontana</dc:creator>
				<category><![CDATA[Featured]]></category>
		<category><![CDATA[Music Lab]]></category>
		<category><![CDATA[Musique et Société]]></category>
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		<category><![CDATA[Matthieu Fontana]]></category>
		<category><![CDATA[musique]]></category>
		<category><![CDATA[phénoménologie]]></category>
		<category><![CDATA[temporalité musicale]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Doit-on penser l’avenir de l'interprétation de la musique classique voire même de la composition comme se situant dans le prolongement d'une analyse rationnelle et "technologique" des œuvres musicales ? (...) "Le musicien engagé est celui qui, bravant l'ordre établi sur le plan musical, brave par là même l'ordre établi sur le plan social et collabore ainsi à l'instauration d'une société de liberté..."
R. Leibowitz : L'artiste et sa conscience</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/03/16/musique-temps/">Musique et temps&#8230; l&rsquo;espace</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5282" alt="Paul Klee En Rythme" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/03/Paul-Klee-En-rythme-1930-193x250.jpg" width="193" height="250" />J’avais envie depuis longtemps d’amener une perspective différente &#8211; plus en adéquation avec la musique &#8211; à de nombreux articles universitaires sur la temporalité. Je vous encourage donc à lire les articles de cet excellent site : <a title="rhuthmos.eu" href="http://www.rhuthmos.eu/" target="_blank">Rhuthmos</a> mais également à lire la thèse d&rsquo;Eugénia Duta : <em>Temps, expérience du temps, en musique</em> (Ed. ANRT). Ce début de réflexion s’inscrit dans le prolongement de ce que j’ai tenté bien imparfaitement de réaliser avec l’enregistrement des <a title="Intégrale des Suites pour violoncelle de J.S. Bach" href="http://elabel.cordesetames.com/?s=matthieu+fontana" target="_blank">suites pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach</a>.<br />
C&rsquo;est aussi au cours de nombreuses discussions et séances de travail avec des collègues musiciens que j&rsquo;ai remarqué que la temporalité imprégnait inconsciemment chaque fait et geste d&rsquo;un musicien : on rencontre très souvent certaines expressions idiomatiques lorsque cette notion de temps est abordée en musique : « pré-note » (avant une note) et « après-note » (après une note) mais également l&rsquo;idée de « se libérer de la prison de la perception temporelle » et son contraire « jouer en mesure ».</p>
<p style="text-align: justify;">Qu&rsquo;entend un professeur lorsqu&rsquo;il dit à son élève &laquo;&nbsp;<em>c&rsquo;est bien mais joue plus en mesure</em>&nbsp;&raquo; ? Entendrait-il le contraire de ce que propose René Leibowitz : &laquo;&nbsp;<em>il n&rsquo;y pas de musique possible sans rubato</em>&nbsp;&raquo; ?</p>
<p style="text-align: justify;">Doit-on penser l’avenir de l&rsquo;interprétation de la musique classique voire même de la composition comme se situant dans le prolongement d&rsquo;une analyse rationnelle et &laquo;&nbsp;technologique&nbsp;&raquo; des œuvres musicales ? Lorsque l’on traverse une période de crise de civilisation, le problème n’est pas de comprendre et analyser l’histoire au travers des prismes d’un système vieillissant mais bien de comprendre la nécessité d&rsquo;un changement de paradigmes et d’élaborer leurs constructions sans pour autant dénigrer ce qui a été fait par le passé.<br />
Au-delà d’une démarche artistique et musicale, il ne faut pas avoir peur de se poser ces questions relatives à la temporalité à l’aune des valeurs de nos cultures occidentales, nos &laquo;&nbsp;nanocraties&nbsp;&raquo; comme le dit le chercheur Carmen Leccardi dans la revue <a title="Accélération du temps, crise du futur, crise de la politique" href="http://temporalites.revues.org/1506" target="_blank">Temporalités</a>. Aussi je pense qu&rsquo;il appartient au musicien d&rsquo;amener une &laquo;&nbsp;nouvelle&nbsp;&raquo; conception du rapport au temps, concept qu&rsquo;il est un des seuls à manier régulièrement grâce à sa connaissance intellectuelle de la partition, connaissance atemporelle, discontinue, qui représente mentalement pour lui un devenir lors de son exécution dans le présent : l&rsquo;anamnesis.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;<em>Le musicien engagé est celui qui, bravant l&rsquo;ordre établi sur le plan musical, brave par là même l&rsquo;ordre établi sur le plan social et collabore ainsi à l&rsquo;instauration d&rsquo;une société de liberté&#8230;</em>&nbsp;&raquo;<br />
R. Leibowitz : <em>L&rsquo;artiste et sa conscience</em> p 87 (Ed. L&rsquo;Arche)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft  wp-image-5278" alt="techno parade" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/03/techno-parade-166x250.jpg" width="149" height="225" />Quelques critiques, des mélomanes et musicologues ressentent bien qu’un virage s’amorce. En conscientisant les notions de « pré » et « après » une note, l&rsquo;enjeu sous-tendu devient phénoménologique et plus précisément lié à une nécessité de percevoir, de comprendre, voire de maîtriser l&rsquo;espace temporel conséquent à un enchaînement de notes (une mélodie et plus généralement une œuvre musicale).<br />
A contrario, une vision linéaire et statique de la « flèche du temps » amène des interprétations plates et dénuées d&rsquo;imagination car la musique devient pulsée, mais d’une pulsation sans surprise, monotone : « <em>une succession d’unités de temps isochrones et d’égale intensité pouvant être matérialisés par un geste, par des battements de mains ou par tout autre procédé percussif </em>» Simha Arom. Une pulsation qui nivelle tout « incident » temporel, plus de rubato possible diraient certains musiciens.<br />
Si cette vision s’impose de plus en plus dans l’art classique de la musique avec l’avènement du métronome non plus comme outil de travail mais comme tuteur d’interprétation, elle est légion dans la culture populaire puisque l’emploi de synthétiseurs, d’ordinateurs pour donner la pulsation est systématique depuis plus de 75 ans.</p>
<p style="text-align: center;">1+1+1+1 = 4 ou plus généralement 1/T + &#8230; + 1/T = T</p>
<p style="text-align: justify;">Imaginons maintenant l’impact sur les corps et les esprits de nos jeunes générations se formant à la danse en cherchant le rebond sur ces musiques pulsées. Re-précisons bien cette idée : en cherchant dans la danse une symbiose avec un rythme donné par <strong>une machine</strong>.<br />
C’est une idée assez effrayante en cybernétique : la robotique n’est plus en train d’aider l’homme mais imprègne la part la plus sensible, la plus intime du rapport fondamental entre le corps et l’extérieur, l’homme dominé perd son rapport à la nature. Je pense que nos sociétés occidentales sont allées tellement loin dans l&rsquo;exploitation de ses membres que même la musique est devenue un instrument de contrôle. Elles enracinent chez chacun un rythme mécanique devenu eurythmie, elles imposent leurs productivités dans la culture.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote"><!-- Doit-on penser l’avenir de l'interprétation de la musique classique voire même de la composition comme se situant dans le prolongement d'une analyse rationnelle et "technologique" des œuvres musicales ? --></span> C’est là que, pour moi, on peut aller encore plus loin dans la pensée de la liberté musicale comme le propose Pierre Boulez (<em>Penser la musique aujourd’hui</em>, 1962, Ed. Gallimard), et affirmer qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas qu&rsquo;une vérité. Au-delà du souci du créateur de ne pas se laisser enfermer dans un système : reconnaissons lui le pouvoir de la « psyché » comme acte de résistance, en suivant les théorèmes d&rsquo;un Kurt Gödel interprétés par <a title="Le théorème de Gödel" href="http://www.jutier.net/contenu/kgodel.htm" target="_blank">Marc Jutier</a> : <em>« la raison est créative et originale</em> ».<br />
Pour donner un exemple, le choix d’une trame harmonique est bien sûr dépendant de la culture mais avant tout le fruit du ressenti de l’artiste créateur, de son temps psychologique qui n’a rien à voir avec un temps (atomique) donné par un ordinateur.<br />
On pourrait inscrire cette pensée dans le <a title="Holisme" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Holisme" target="_blank">Holisme</a> : l&rsquo;homme étant constitué d&rsquo;atomes régis par un temps atomique, qui assemblés les uns aux autres en une structure biologique, impose une autre temporalité de laquelle surgit la pensée et son temps psychologique. Il serait intéressant de mettre en perspective une notion relative (ouverte ?) du temps musical qui se dilaterait ou contracterait en fonction du poids harmonique (et donc émotionnel) d’une séquence musicale. Nous avons alors une autre relation à la mesure qui serait (pourquoi pas ?) :</p>
<p style="text-align: center;">1/(T+δ<i>¹</i>)+1/(T+δ²)+&#8230; +1/(T+δ⁴) = T<br />
avec  δ<sup><i>n</i></sup> entier relatif qui représente une &laquo;&nbsp;pondération harmonique&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les musiciens qui m&rsquo;auraient suivi jusque là, je recommande l&rsquo;écoute de <a title="Lamentations - Le Poème Harmonique" href="http://www.qobuz.com/album/emilio-de-cavalieri-lamentationes-hieremiae-prophetae/3760014190117"><em>Quomodo sedet sola</em></a> d&rsquo;Emilio de Cavalieri dans le très bel enregistrement qu&rsquo;en a fait Le Poème Harmonique dirigé par Vincent Dumestre pour le Label Alpha. Remarquez la gestion temporelle de la basse continue lors de ce passage, qui respecte je pense, la formule écrite ci-dessus.</p>
<p style="text-align: justify;">L’impact d’une telle interprétation mue par cette temporalité musicale originale sur le public, même si ce dernier est incapable de l’analyser, est incroyablement profond : il « <em>donne de l&rsquo;espace à l&rsquo;esprit</em> », il laisse une marge de liberté à la réflexion qui peut alors s’organiser, ainsi qu&rsquo;à l’imagination qui est en mesure de créer, entre chaque événement harmonique émotionnellement fort. La musique créée de &laquo;&nbsp;l&rsquo;espace mental&nbsp;&raquo; chez l&rsquo;auditeur, à nous musiciens de faire en sorte que cet espace soit le plus grand possible.</p>
<p><iframe src="https://w.soundcloud.com/player/?url=http%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Fplaylists%2F2473138" height="250" width="100%" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Matthieu Fontana</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tableau :</strong> Paul Klee &#8211; En Rythme &#8211; 1930</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Photo :</strong>  Philippe Leroyer (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)</p>
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		<title>Hit the road #1 &#8211; Souvenirs de Palestine</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Mar 2013 09:30:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>c&#38;a</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets de voyage]]></category>
		<category><![CDATA[Featured]]></category>
		<category><![CDATA[Music Lab]]></category>
		<category><![CDATA[cordes et âmes]]></category>
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		<category><![CDATA[intifada culturelle]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>J&#8217;ai travaillé comme professeur de musique en Cisjordanie pendant 6 mois en 2011, vivant à Ramallah et enseignant le violon et l&#8217;alto à des enfants dans un certain nombre de sites à travers les Territoires palestiniens. Le souvenir de ces mois suscite en moi une émotion particulière, tant cette terre tragique et magnifique,  ancienne et [...]</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/03/11/souvenirs-de-palestine/">Hit the road #1 &#8211; Souvenirs de Palestine</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5132" alt="Violin case and cactus" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/Violin-case-and-cactus-250x187.jpg" width="275" height="205" /><a href="http://cordesetames.com/?p=5123" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-3678" alt="also available in english" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2012/09/flag.png" width="30" height="30" /></a>J&rsquo;ai travaillé comme professeur de musique en Cisjordanie pendant 6 mois en 2011, vivant à Ramallah et enseignant le violon et l&rsquo;alto à des enfants dans un certain nombre de sites à travers les Territoires palestiniens. Le souvenir de ces mois suscite en moi une émotion particulière, tant cette terre tragique et magnifique,  ancienne et torturée, était plus radicale, sensuelle et magnétique que tout autre endroit où j&rsquo;avais été auparavant. Son nom évoque les visages des enfants bien-aimés à qui j&rsquo;ai enseigné, des mosquées, des églises, des ruines antiques qui parsèment le bord des routes, des gravats, des hommes qui vendent du café à la cardamome épicée dans les rues, le parfum du pain pita frais, du jasmin, des narguilés, des oliveraies, de citronniers et d&rsquo;amandiers, des coquelicots, des mules, les appels à la prière, la circulation, le mur, les checkpoints israéliens et les colonies sur les collines, les cris insultants de jeunes soldats&#8230; Je pense aux mitrailleuses : on en voit tous les jours là-bas. Je pense aux gens que j&rsquo;ai rencontrés qui étaient presque tous accueillants, ouverts, incroyablement chaleureux, généreux, forts et francs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sentiment d&rsquo;urgence de l&rsquo;art en Palestine, de sa fonction de poumon d&rsquo;un peuple, comme une expression de leur résistance et un exutoire à l&rsquo;étouffement, est immensément puissant. Le terme <em>intifada culturelle</em> (voir <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Palestinian_prisoners_in_Israel#Administrative_detention" target="_blank">cet article</a> par exemple), m&rsquo;aurait auparavant fait froncer les sourcils, indépendamment du fait que j&rsquo;ai toujours considéré l&rsquo;occupation comme injuste. Il prend tout son sens aujourd&rsquo;hui. Le rôle essentiel de l&rsquo;activité artistique n&rsquo;est pas simplement une notion conceptuelle en Palestine, il s&rsquo;agit d&rsquo;une réalité palpable, omniprésente, une force urgente et puissante.</p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;étais parfois mal à l&rsquo;aise en Cisjordanie. J&rsquo;avais &#8211; et j&rsquo;ai encore &#8211; des doutes quant à l&rsquo;impérialisme culturel, l&rsquo;orientalisme, la redondance, je recevais toujours plus que ce que je pouvais offrir&#8230; Quel sens cela a t-il d&rsquo;enseigner la musique occidentale dans un pays à la culture si riche ? Est-ce promouvoir en quelque sorte la compréhension, la paix, la cohésion culturelle, est-ce un pas vers la liberté, l&rsquo;émancipation, est-ce que cela participe à montrer le conflit au monde extérieur, tel que nous aspirions à le faire ? Je m&rsquo;interroge. J&rsquo;ai constaté que cela poussait certains occidentaux à une reconnaissance plus aisée de l&rsquo;humanité des palestiniens, peut-être à sentir avec plus de précision, ou voir sous un nouvel angle la blessure que représente leur situation. J&rsquo;espère que cela peut faire beaucoup plus encore.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-large wp-image-5130" alt="Ramallah, 05/01/2011" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/Ramallah-panoramique-1024x469.jpg" width="563" height="316" /></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les rues, à la maison, en voyage, je me sentais souvent mal à l&rsquo;aise, pas à ma place, avec une conscience aiguë de ma nationalité et de l&rsquo;histoire des États-Unis en Palestine, mais aussi particulièrement «privilégiée» de pouvoir témoigner de la culture palestinienne et des aspects douloureux au jour le jour de l&rsquo;occupation israélienne. En classe, avec beaucoup d&rsquo;étudiants, je ressentais souvent de la conviction et de la joie, invitée par le jeu des élèves ou leurs commentaires sur nos cours et la musique en général.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y en avait  qui était tombés amoureux de la musique, et la considéraient comme l&rsquo;un des moyens permettant d&rsquo;étendre le champ des possibles. De «<em>trouver la liberté</em>», comme un garçon me le dît un jour, un tromboniste qui disait qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;<em>mourrait sans musique</em> » ; et un violoniste postait sur Facebook: &laquo;&nbsp;<em>le violon est une chose simple qui permet de dire ses sentiments avec simplement quatre cordes&nbsp;&raquo;.<br />
</em>Ces étudiants étaient ma force vitale et une source inépuisable de gratitude.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5126" alt="Lemon tree at sunrise" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/Lemon-tree-at-sunrise-250x187.jpg" width="250" height="187" />La musique abonde en Cisjordanie : dans les maisons, les cafés, les magasins, les taxis, les restaurants, les autobus, aux repas. Je pense à la cour de notre école qui, à n&rsquo;importe quel moment, accueillait un mélange de sons d&rsquo;oud,  de kanoun, de santur, de tabla,  de piano Suzuki et d&rsquo;Oum Khalthoum. Ou à un voyage à la mer Morte et la Mosquée Nabi Musa accompagné par la voix cristalline de Fairouz et nos familles d&rsquo;accueil qui chantaient à table. Certains chants traditionnels (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=zfPNLmrcu6s" target="_blank">Inta Omri</a>) ont été entendus si souvent qu&rsquo;ils en sont devenus de véritables hymnes culturels.<br />
Il est rare d&rsquo;entendre de la musique occidentale. Dans les récitations lyriques du Coran et les appels à la prière que l&rsquo;on entend à longueur de journée, abondent ces fameuses gammes microtonales que je n&rsquo;ai cessé de tenter de différencier des modes occidentaux pour mes élèves de violon. Ce phénomène était encore plus accentué à l&rsquo;extérieur de &laquo;&nbsp;Ramallah-la-branchée&nbsp;&raquo; : dans les villages et les camps de réfugiés,  les gammes de sol et la en première position, exercice type pour les débutants, étaient fortement influencées par l&rsquo;intonation arabe, les doigts se retrouvant souvent &laquo;&nbsp;mal&nbsp;&raquo; placés, précisément à l&rsquo;endroit d&rsquo;un microton.<br />
Ce fut la principale difficulté pour enseigner le violon occidental. Une merveilleuse surprise en revanche fût le son magnifique que plupart des étudiants réussissait à produire dès le début, peut-être parce qu&rsquo;ils sont tant imprégnés de musique.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote"><!-- Quel sens cela a t-il d'enseigner la musique occidentale dans un pays à la culture si riche ? Est-ce promouvoir en quelque sorte la compréhension, la paix, la cohésion culturelle, est-ce un pas vers la liberté, l'émancipation, est-ce que cela participe à montrer le conflit au monde extérieur, tel que nous aspirions à le faire ? Je m'interroge.  --></span>Dans les cours avec des élèves anglophones (mon arabe était très basique), nous passions au moins quelques minutes chaque fois pour parler de l&rsquo;occupation. Un exemple typique : lors de mon premier cours avec Asar, âgée de 11 ans, elle me demanda :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Pourquoi avez-vous choisi de venir en Palestine </em>?&nbsp;&raquo; puis, insistant : &laquo;&nbsp;<em>C&rsquo;est-à-dire que, vous auriez pu aller en Jordanie, au Liban ou en Syrie, non</em> ?&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Je lui ai répondu que l&rsquo;histoire du lieu et la culture m&rsquo;avait attirée, évitant de mentionner la politique.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;<em>Vous savez, nous avons beaucoup de problèmes ici, en Palestine. Nous n&rsquo;avons presque aucune liberté.</em>&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;<em>Qu&rsquo;est-ce que cela signifie pour vous ?</em> &nbsp;&raquo; demandai-je.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Et bien, par exemple : je viens de passer à la phase finale d&rsquo;entretiens pour un camp de la paix internationale pour les enfants israéliens et palestiniens. Ce n&rsquo;est vraiment pas anodin, car il est difficile d&rsquo;en obtenir un. J&rsquo;ai un entretien bientôt à Jérusalem, mais je ne suis pas sûr de pouvoir y aller parce que mes parents ont été arrêtés quand ils étaient jeunes -  ils protestaient contre l&rsquo;occupation&nbsp;&raquo;</em> ajouta t-elle fièrement.<br />
&laquo;&nbsp;<em>En conséquence ils ne peuvent pas avoir de permis pour entrer à Jérusalem. Qui est censé être notre capitale aussi&#8230;soit dit en passant !&nbsp;&raquo;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Je pouvais ainsi toujours sentir la pression, l&rsquo;étouffement du conflit, même dans les moindres détails de la vie quotidienne. Et la musique avait une fonction thérapeutique. Lorsqu&rsquo;un élève arrivait avec une nouvelle anecdote sur l&rsquo;humiliation à un check point, sur un frère retenu en &laquo;&nbsp;détention administrative&nbsp;&raquo; ou le refus d&rsquo;Israël d&rsquo;autoriser le voyage d&rsquo;une grand-mère de Gaza pour recevoir des traitements contre le cancer, la leçon qui suivait était souvent chargée d&rsquo;un sentiment de défiance et du poids de la catharsis .</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5127" alt="Mule and ruins" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/Mule-and-ruins-250x187.jpg" width="300" height="224" /></p>
<blockquote><p>
&laquo;&nbsp;<em>Dieu merci, au moins maintenant je peux jouer&nbsp;&raquo;</em>, déclara Ahmed, 10 ans, après une épreuve douloureuse à un point de contrôle.</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Par temps clair, depuis une colline de Ramallah, on peut voir la mer Méditerranée scintillante et brumeuse sous le soleil. Tel-Aviv et ses rives sont à seulement 20 kilomètres de Ramallah et pourtant incroyablement loin. Se rendre à la mer nécessite un permis. Un collègue chrétien, de Ramallah, m&rsquo;a montré une fois le permis qui lui avait été accordé pour les vacances de Pâques. Cela lui a permis de passer 6 heures à la plage.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">«<em>C&rsquo;est une p* $%ain de plaisanterie !</em>&nbsp;&raquo; Il eut un rire amer. &laquo;&nbsp;<em>Rien que passer à travers tous les points de contrôle prend 6 heures !</em>&laquo;&nbsp;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les amis et de nombreux étudiants que je connaissais m&rsquo;ont souvent répété qu&rsquo;ils se sentaient oubliés par le monde, même au sein du monde arabe. Je le pense aussi, ayant constaté ce qui est autorisé «de facto» : des traitements horribles aux checkpoints, la pauvreté dans la bande de Gaza, les attaques hebdomadaires des colons sur les fermes palestiniennes, les oliveraies et les plantations de citronniers, les puits, les mosquées, ou sur des enfants rentrant à la maison après l&rsquo;école.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque enfant en Palestine est désavantagé dès sa naissance ;  sa vie au jour-le-jour sera au mieux pénible, au pire malheureuse  suivant son lieu de résidence, son histoire familiale, son milieu social, sa religion ou son genre (1). Les restrictions de déplacements, la privation de patrie, l&rsquo;isolement et l&rsquo;humiliation sont leur lot quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">En seulement six mois là-bas, j&rsquo;ai rassemblé d&rsquo;innombrables anecdotes liées au conflit &#8211; entendues, vécues ou dont j&rsquo;ai été le témoin.<br />
Enseigner et jouer de la musique était directement en lien avec la lutte pour l&rsquo;émancipation culturelle, et faisait écho à l&rsquo;occupation et au conflit israélo-palestinien (Juliano Mer-Khamis a dit : &laquo;&nbsp;<em>L&rsquo; Art, dans notre cas, peut se combiner, générer et mobiliser d&rsquo;autres facettes de la résistance &#8230; Je ne fais pas de l&rsquo;Art pour l&rsquo;amour de l&rsquo;Art</em>.&nbsp;&raquo;(2)).</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis les premiers interrogatoires avec la sécurité d&rsquo;Israël lorsque je suis entrée à l&rsquo;aéroport Ben Gourion jusqu&rsquo;à chacune de mes interactions ultérieures avec l&rsquo;armée israélienne, mon statut implicite d&rsquo;«opposante»à Israël, en vertu de mon travail avec le peuple palestinien, ne fît jamais aucun doute.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-5133" alt="West Bank Settlement" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/West-Bank-Settlement-250x187.jpg" width="250" height="187" />Dans notre travail musical, les activités quotidiennes étaient perçues comme des succès et même des actions de résistance. Je le ressentis particulièrement un samedi  matin, où je me rendis à Jénine depuis Ramallah avec deux autres Palestiniens. Un checkpoint israélien ayant été  fermé, nous avons été obligés de prendre un autre itinéraire. Assez rapidement, mes collègues ont réalisé que nous étions partis sur une autoroute israélienne, or les routes sont séparées et ils n&rsquo;avaient pas la plaque d&rsquo;immatriculation appropriée pour rouler sur cette voie. Nous avons passé des villages palestiniens, mais également l&rsquo;énorme colonie israélienne d&rsquo;Ariel, qui abrite près de 20.000 habitants et une université de 12.000 étudiants.<br />
Nous n&rsquo;avions pas d&rsquo;autre choix que de continuer à rouler jusqu&rsquo;au point de contrôle suivant. Nous avons abordé le point de contrôle par une rampe, et lorsque nous sommes arrivés deux ou trois soldats israéliens ont couru vers nous en pointant des mitrailleuses sur la voiture, hurlant en hébreu. Ils nous demandèrent de sortir du véhicule, et ordonnèrent aux hommes de retirer leurs chemises, les mitrailleuses pointées vers leurs têtes. Notre chauffeur leur a expliqué que nous avions pris un mauvais virage et simplement voulu faire demi-tour. Tout en continuant à crier, ils confisquèrent nos cartes d&rsquo;identité et nous firent attendre pendant des heures. Cet incident était mineur aux yeux de mes collègues, ils étaient agacés, et résumaient la situation par ces mots :</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;<em>Ya habibti Amie&nbsp;&raquo;, me dît Abu A  «<em>Vous voyez ce qui peut arriver lorsque vous prenez la mauvaise route en Palestine !&nbsp;&raquo;</em></em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">(Je pourrais ajouter que Abu A, quelques semaines avant, avait été bloqué pendant plus de trois heures dans une sas d&rsquo;entrée, alors qu&rsquo;il tentait de pénétrer dans la prison israélienne où son fils était retenu en détention administrative depuis plus d&rsquo;un an. Pendant trois heures, sous le regard attentif de militaires israéliens, il a été maintenu enfermé dans un sas jusqu&rsquo;à ce que sa femme ait fini sa visite à leur fils.)</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque nous sommes arrivés à l&rsquo;école de musique ce samedi et avons dispensé les leçons restantes, notre état d&rsquo;esprit vis-à-vis de l&rsquo;enseignement n&rsquo;était plus le même. Après avoir été confronté à la brutalité, la musique est perçue différemment. Je voulais tout donner. Je voulais leur donner au moins cet instrument, cette puissance spirituelle, pour protéger leur douceur et leur lutte contre cette routine, cette castration et cette violence banale, officieusement/officiellement sanctionnée par presque toute la communauté internationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain, j&rsquo;ai pris l&rsquo;avion de Tel Aviv pour quelques concerts aux États-Unis. A la station de bus de Jérusalem en route pour l&rsquo;aéroport, un tout jeune soldat israélien s&rsquo;est approché de moi. Bien sûr, il m&rsquo;a prise pour une touriste. Il pointa mon étui de violon et dit : &laquo;&nbsp;<em>Moi aussi !</em>&nbsp;&raquo; me montrant un instrument qu&rsquo;il transportait. Quand il se détourna, je pus voir un immense drapeau israélien et la mitrailleuse en bandoulière contre l&rsquo;autre côté de son corps. A cet instant précis, j&rsquo;ai eu du mal à admettre que nous avions quelque chose en commun.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5128" alt="Nabi Musa Mosque near Jericho" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/Nabi-Musa-Mosque-near-Jericho-250x187.jpg" width="250" height="187" />Pour le Nakba Day, une voiture d&rsquo;enseignants européens, palestiniens et moi-même, partit pour enseigner dans le camp de réfugiés de Qalandia. Les protestations avaient récemment débuté et déjà des dizaines de manifestants étaient hospitalisés. Nous croyions à tort que le camp de réfugiés n&rsquo;avait pas eu vent de notre action, mais alors que nous approchions de l&rsquo;entrée, nous fûmes entourés par un nuage de gaz lacrymogène, entendîmes des tirs, et fûmes entraînés dans un chaos de gens qui couraient et criaient. Il n&rsquo;y avait nulle part où aller si ce n&rsquo;est dans le camp lui-même. Alors que nous garions la voiture, quelqu&rsquo;un frappa  sur le coffre, un groupe de personnes cherchant à faire entrer dans le camp un homme sur une civière pour y recevoir de l&rsquo;aide médicale d&rsquo;urgence.<br />
Notre collègue palestinien dans la voiture (un chanteur d&rsquo;opéra) commença à répéter, encore et encore, &laquo;&nbsp;<em>Oh mon Dieu, je suis un musicien, je dois quitter ce pays, je suis juste un musicien &#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Quand je me rappelle ces six mois, je pense avant tout à mes élèves. Comme F, qui se délectait de la complexité du violon,  riait à gorge déployée et adorait inventer des mots italiano-arabe (&laquo;&nbsp;<em>shwayissimo !</em>&nbsp;&raquo; au lieu de pochissimo) et chantait comme un enfant de chœur. Ou, lorsque j&rsquo;ai demandé à  R, 12 ans, après que Juliano Mer Khamis a été tué à Jénine et que nous n&rsquo;étions pas sûrs des dangers là-bas,  d&rsquo;être prudent et qu&rsquo;il a répondu en clignant des yeux : «<em>Ne vous inquiétez pas. Si je meurs, je vous envoie un texto !</em>&nbsp;&raquo; et se mit à rire.</p>
<p style="text-align: justify;">Asar, âgée maintenant de 13 ans, m&rsquo;a envoyé ce qui suit le 31 Mars 2012, après la Journée de la Patrie annuelle :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;était horrible, j&rsquo;ai vécu beaucoup de choses dans ma vie mais je n&rsquo;ai jamais vu quelque chose comme ça, aujourd&rsquo;hui je suis allée à la manifestation pacifique, et j&rsquo;ai vu un homme se faire tirer dessus par des soldats israéliens, c&rsquo;était tellement triste, son sang coulait partout, j&rsquo;ai tout filmé ! Je peux à peine voir et entendre et je vais rester comme ça pendant probablement encore 2 jours, parce que j&rsquo;ai été exposée à des  gaz et des bombes, je suis encore sous le choc, je veux juste que cette guerre finisse, et j&rsquo;espère que cet homme ne mourra pas ! Priez avec moi pour lui !</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Quelques mois plus tard, elle m&rsquo;écrivit que son expérience l&rsquo;avait poussée à faire un film sur la Palestine, pour lequel elle a reçu une aide financière d&rsquo;un groupe de médias danois.</p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;ai quitté Ramallah après seulement six mois. La douleur personnelle des élèves que l&rsquo;on quitte, la langue arabe qui avait tout juste commencé à s&rsquo;ouvrir à moi, la nostalgie de cette richesse sensorielle et du sens de la vie que j&rsquo;avais ressenti si fort là-bas, me hantent encore. Mais la douleur la plus profonde est de penser à ces magnifiques jeunes musiciens et l&rsquo;immensité de tout ce contre quoi ils doivent lutter.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Amie Weiss</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Photographies :</strong> Amie Weiss</p>
<p><strong>Liste de textes et sites internet que j&rsquo;ai trouvé intéressants :</strong></p>
<p>Haaretz, <a href="www.Haaretz.com" target="_blank">www.Haaretz.com</a></p>
<p>Israel/Palestina: <em>Paz o guerra santa</em> de Mario Vargas Llosa</p>
<p>Maan News Agency, <a href="http://maannews.net/eng/Default.aspx" target="_blank">http://maannews.net/eng/Default.aspx</a></p>
<p><em>Mondoweiss | The War of Ideas in the Middle East</em> by Philip Weiss and Adam Horowitz</p>
<p><em>Orientalism</em> de Eduard Said</p>
<p><em>Peace Not Apartheid</em> de Jimmy Carter</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">1. Le déséquilibre du traitement réservé aux hommes et aux femmes fait que je fais régulièrement référence à l&rsquo;occupation visant principalement les jeunes hommes adultes, qui finissent pour pour la plupart des cas en détention israélienne.  Un nombre très important d&rsquo;hommes que j&rsquo;ai rencontrés en Palestine a passé du temps dans les prisons israéliennes ; j&rsquo;ai également fait face à des problèmes plus spécifiquement lié au droit des femmes, en particulier lorsqu&rsquo;ils affectaient la possibilité de certaines de nos étudiantes de poursuivre leurs études musicales. Malgré l&rsquo;ouverture d&rsquo;esprit de la Palestine à cet égard (par rapport au reste du Moyen Orient — le maire de Ramallah est une femme, par exemple), il reste de nombreux points douteux, de mon point de vue. Les crimes d&rsquo;honneur en sont un exemple frappant. Selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Crime_d%27honneur" target="_blank">Wikipedia</a>:</p>
<p style="text-align: justify;"><em>The Palestinian Authority [...] exempts men from punishment for killing a female relative if she has brought dishonor to the family…Mahmoud Abbas, President of the Palestinian Authority, promised to change the discriminatory law, but no action had been taken as of 2012. According to UNICEF, in 2000 two-thirds of all killings in the Palestinian territories were honor killings…The Palestinian Independent Commission for Human Rights has reported 29 women were killed 2007-2010, whereas 13 women were killed in 2011 and 12 in the first seven months of 2012.</em></p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;Autorité Palestinenne [...] exempt de condamnation les hommes qui tuent une femme parente si elle a jeté le déshonneur sur sa famille&#8230;Mahmoud Abbas, Président de l&rsquo;Autorité Palestinienne, a promis de changé cette loi discriminatoire, mais rien n&rsquo;a été fait jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui (2012). Selon l &lsquo;UNICEF, en 2000, deux tiers des crimes commis sur les territoires palestiniens étaient des crimes d&rsquo;honneur&#8230;La commission indépendante palestinienne des droits de l&rsquo;homme a reporté 29 crimes de femme entre 2007 et 2010, contre 13 en 2011 et 12 au cours des sept premiers mois de l&rsquo;année 2012.</p>
<p>2. Stransky, Olivia. “<em>The Stage is My Gun: The Cultural Intifada of Juliano Mer-Khamis</em>” from <a href="http://www.sampsoniaway.org/bi-monthly/2012/01/07/the-stage-is-my-gun-the-cultural-intifada-of-juliano-mer-khamis/" target="_blank">http://www.sampsoniaway.org/bi-monthly/2012/01/07/the-stage-is-my-gun-the-cultural-intifada-of-juliano-mer-khamis/</a> (26 January, 2013).</p>
<p>&nbsp;</p>
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<p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/03/11/souvenirs-de-palestine/">Hit the road #1 &#8211; Souvenirs de Palestine</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Le massage sonore aux bols tibétains</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2013 10:56:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurianne Corneille</dc:creator>
				<category><![CDATA[Corps et Âmes]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Je vais vous parler aujourd’hui d’une découverte en lien avec la musicothérapie : le massage sonore aux bols tibétains. Ce massage m’a été dispensé par Célia Quilichini, pianiste formée au Conservatoire Royal de Bruxelles, et musicothérapeute diplômée du Centre International de Musicothérapie. Militante depuis 15 ans pour la cause tibétaine, elle prend part aux activités [...]</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/03/01/le-massage-sonore-aux-bols-tibetains/">Le massage sonore aux bols tibétains</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5067" alt="NIKON D40-20120818-190731-DSC_9427-sRGB-Large" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/01/NIKON-D40-20120818-190731-DSC_9427-sRGB-Large-250x135.jpg" width="378" height="205" />Je vais vous parler aujourd’hui d’une découverte en lien avec la musicothérapie : le massage sonore aux bols tibétains.<br />
Ce massage m’a été dispensé par Célia Quilichini, pianiste formée au Conservatoire Royal de Bruxelles, et musicothérapeute diplômée du Centre International de Musicothérapie.<br />
Militante depuis 15 ans pour la cause tibétaine, elle prend part aux activités d’associations pour le Tibet et découvre entre autres le fameux bol tibétain.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ceux qui ne connaissent pas cet objet, il s’agit d’un bol fait à la main d’un alliage de sept métaux représentant des planètes du système solaire. Tous uniques, ils ont la particularité de « chanter » lorsqu’on les tape avec un maillet ou lorsqu’on frotte celui-ci sur le tour du bol. Au Tibet, le bol, utilisé par les moines bouddhistes, sert pour les cérémonies, la méditation etc. Chaque bol est unique et façonné à la main, il en existe de toutes tailles et leurs sonorités sont extrêmement variées et d’une grande richesse harmonique (d’où l’aspect « chantant »).</p>
<p style="text-align: justify;">Durant sa formation en musicothérapie à Noisy-le-Grand, Célia Quilichini rencontre une jeune femme qui présente ces fameux bols, ce qui suscite sa curiosité malgré l’aspect protocolaire de la démonstration.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, elle fait un stage en soins palliatifs, étalé sur huit mois (Maison Médicale Jeanne Garnier). C’est à la demande des patients qu’elle commence à utiliser les bols (qui sont choisis parmi le panel d’instruments présentés).</p>
<p style="text-align: justify;">Elle travaille alors sur la douleur et sur le recentrage du corps. Les patients semblent extrêmement réceptifs à l’environnement sonore généré par les bols. Il y a beaucoup de cancers, et les patients se coupent instinctivement de leur corps. Le « massage sonore » induit par les vibrations leur procure d’autres sensations sur lesquelles se concentrer.</p>
<p style="text-align: justify;">Célia part du constat qu’il y a véritablement quelque chose à faire dans ce sens pour le mieux-être.</p>
<p style="text-align: justify;">Le massage sonore se déroule comme il suit :</p>
<p style="text-align: justify;">La musicothérapeute vous allonge sur une surface confortable, et vous entoure harmonieusement de différents bols qu’elle dispose de part et d’autre du corps. Puis elle part d’un motif libre tapé au maillet sur les différents bols, sur lequel elle va travailler. Le motif est reconnaissable tout au long du massage, ce qui vous installe dans une certaine sérénité. Vous êtes progressivement entouré, enveloppé d’un cocon sonore et les vibrations sont ressenties physiquement sur la peau, dans les muscles, jusqu’aux os . Nous sommes constitués à 70 % d’eau , les vibrations se propagent donc très bien et procurent un massage interne. Au cours du massage, la praticienne se déplace suivant les besoins, dispose les bols autrement, les place sur les plexus solaire, sur la tête etc. et en fonction des tensions. Progressivement, une sensation d’apaisement, de plénitude s’installe. Les émotions s’ harmonisent.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la musique des sphères ; il résulte de tout cela un sentiment particulier de fusion, de voyage.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai posé trois questions à Célia :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment penses-tu le massage ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a pas de technique préétablie. Les gros bols à sons graves représentent l’ancrage, l’enracinement. Et je pars d’une cellule de base qui sera la même pendant environ 40 minutes, ce qui donne le côté sécurisant. On perd la notion du temps et de l’espace (les bols sont déplacés au cours du massage), on ne sait plus où on est mais on est sécurisé par la cellule de base.</p>
<p style="text-align: justify;">Je commence avec les bols autour du corps puis sur le corps, ce qui participe au rééquilibrage énergétique. Puis, le patient se retourne et je répète ces opérations.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment te sens-tu pendant le massage ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"> Il faut faire « le vide ». Je prends un temps de respiration pour être à l’écoute de l’énergie de la personne, pour me mettre en accord avec elle . Il se forme un être composé de trois éléments (praticien(ne), patient(e), ensemble de bols).</p>
<p style="text-align: justify;">Je constate toujours un moment de relâchement après une dizaine de minutes de massage.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi avoir eu envie de faire ça ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que le pouvoir sonore et vibratoire induit un état de relaxation très profond. On se déconnecte de la vie extérieure pour se reconnecter à soi-même. La souffrance s’estompe. De plus, le massage interne, ne laisse pas de place à autre chose que ce qui se passe en soi, l&rsquo;idée étant d&rsquo;harmoniser le corps, le psychisme et les émotions.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour découvrir son travail, voici le lien vers son site :<a href="http://celiaquilichini.com/" target="_blank"> http://celiaquilichini.com</a></p>
<p style="text-align: justify;">Célia Quilichini poursuit par ailleurs sa formation en médecine traditionnelle chinoise et collabore actuellement avec l&rsquo;International Academy of Sound Healing à la réalisation d&rsquo;un atelier qui se tiendra prochainement à Paris.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Laurianne Corneille</strong></p>
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		<title>Amnesic #3 &#8211; Une histoire du rock subjective : Too young to die</title>
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		<pubDate>Sat, 23 Feb 2013 13:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hannelore Guittet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Music Lab]]></category>
		<category><![CDATA[Pop & Rock]]></category>
		<category><![CDATA[amy winehouse]]></category>
		<category><![CDATA[cordes et âmes]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Ils ont en commun d&#8217;être partis trop vite, 30 ans à peine pour Jeff Buckley, plus jeunes encore pour Nick Drake, Kurt Cobain, et Amy Winehouse. Noyé accidentellement, suicidés et dépressifs, décédée d&#8217;overdose, morts beaucoup trop jeunes, ils étaient pourtant déjà reconnus, voire adulés, pour leur musique. Nous restent leurs albums pour raviver leur mémoire. [...]</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/02/23/amnesic-3-une-histoire-du-rock-subjective-too-young-to-die/">Amnesic #3 &#8211; Une histoire du rock subjective : Too young to die</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-4089" title="John Lennon memorial - Asterio Tecson - CC BY-NC-ND 2.0" alt="" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2012/09/John-Lennon-memorial-Asterio-Tecson-CC-BY-NC-ND-2.01-300x199.jpg" width="300" height="199" />Ils ont en commun d&rsquo;être partis trop vite, 30 ans à peine pour Jeff Buckley, plus jeunes encore pour Nick Drake, Kurt Cobain, et Amy Winehouse.</p>
<p style="text-align: justify;">Noyé accidentellement, suicidés et dépressifs, décédée d&rsquo;overdose, morts beaucoup trop jeunes, ils étaient pourtant déjà reconnus, voire adulés, pour leur musique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous restent leurs albums pour raviver leur mémoire. Trois pour Nick Drake, poète musicien, songwriter unplugged : <em>Pink Moon</em>, <em>Bryter Layter</em>, et <em>Five Leaves Left</em>. Une écriture souvent minimaliste, mélancolique, triste même, une guitare à moitié accordée, de très beaux arrangements de cordes&#8230; et une voix d&rsquo;ange. Une gueule d&rsquo;ange, aussi. Du son de ses albums se dégage une vraie simplicité, quelque chose d&rsquo;intime : comme si on avait branché un micro le temps d&rsquo;une prise unique, et puis s&rsquo;en va&#8230;de l&rsquo;art brut. Mélodiste génial, ses chansons continuent notamment de vivre aujourd&rsquo;hui à travers des reprises du pianiste de jazz Brad Mehldau, qui a enregistré <em>Things Behind the Sun</em> dans une version solo, et <em>River Man</em>,<em> Day is done </em>et<em> Time has told me</em>, avec son trio.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre gueule d&rsquo;ange, autre voix d&rsquo;ange : Jeff Buckley, s&rsquo;est entre autres distingué par des covers, en réussissant le tour de force de sublimer les originaux. Ses reprises de <em>Lilac Wine</em> de James Shelton (dont la version la plus connue était probablement auparavant celle de Nina Simone et que Brad Mehldau, encore lui, a repris quelques années après) et <em>Hallelujah</em> de Leonard Cohen sont absolument magiques. Sa reprise du <em>Corpus Christi Carol</em> de Britten, audacieuse, est sublime également.</p>
<p style="text-align: center;"><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/5PC68rEfF-o" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">A écouter sur son seul, unique, et mythique album studio : <em>Grace</em>. Un son rock assez aérien, des guitares électriques réverbérées qui portent une voix haut perchée&#8230; On pourra désormais aussi se consoler en écoutant l&rsquo;album live <em>Mystery White Boy</em>, et la compilation posthume de sessions d&rsquo;enregistrement studio non abouties, <em>Sketches for my Sweetheart the Drunk</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Quittons les anges pour une diablesse dont les frasques ont défrayé la chronique, et pas uniquement de la planète rock. Étoile filante, prêtresse blanche, à la voix ensorcelante des grandes égéries 60s black de la soul music, Amy Winehouse a un truc vintage, un je-ne-sais-quoi d&rsquo;irrésistible, qui a fait d&rsquo;elle une icône avant même sa mort prématurée. Il y a quelque chose d&rsquo;Aretha Franklin, d&rsquo;Ella Fitzgerald, de Sarah Vaughan, dans cette voix facile, large et généreuse, un peu sombre aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">The Voice, atemporelle, née pour chanter, morte en rock star. On trouve 3 albums dans les bacs : les deux premiers on construit la légende (<em>Frank</em> et <em>Back to Black</em>), le dernier, posthume, est un album de reprises, de <em>The Girl from Ipanema</em> à&#8230;Carole King (<em>Will you still love me tomorrow</em>), en passant par un duo avec Tony Bennett (<em>Body and Soul</em>). Vintage, décidément&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-4088" title="Kurt Cobain memorial - Sean Campbell -CC BY-NC-ND 2.0" alt="" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2012/09/Kurt-Cobain-memorial-Sean-Campbell-CC-BY-NC-ND-2.0-300x199.jpg" width="300" height="199" />Last but not least, cette chronique sur les icônes rock parties trop vite ne pouvait éluder le cas Kurt Cobain. Star incontournable du début des années 90s, son suicide a traumatisé toute une génération, et inspiré les théories conspirationnistes les plus folles. Ses chemises à carreaux, la mythique pochette de <em>Nevermind</em>, le &laquo;&nbsp;son&nbsp;&raquo; Nirvana, brut, compact, sa voix toujours cassée, des chansons cultes (<em>Rape Me</em>, <em>Come As You Are</em>, <em>Smells Like Teen Spirit</em>) c&rsquo;est tout ça à la fois, Kurt Cobain. Comme Nick Drake, certaines de ses chansons sont consacrées par les jazzmen au rang de New Standards (pour reprendre le titre de cet album de Herbie Hancock qui élargit le répertoire traditionnel des standards de jazz à des tubes plus contemporains). Le trio The Bad Plus, par exemple, a repris dans deux de ses albums des tubes de Nirvana (<em>Lithium</em> et <em>Smells Like Teen Spirit</em>). Gus Van Sant a réalisé un film inspiré de ses dernier jours, <em>Last Days</em>. Culte, décidément&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, on aurait pu aussi parler de Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, John Lennon, ou encore d&rsquo;Elliott Smith&#8230;mais ce sera tout pour aujourd&rsquo;hui ! Relisez le titre : chronique amnésique&#8230;et subjective.</p>
<p style="text-align: justify;">On vous avait prévenus&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"><iframe src="http://www.deezer.com/fr/plugins/player?autoplay=false&amp;playlist=false&amp;width=700&amp;height=80&amp;cover=true&amp;type=playlist&amp;id=114212951&amp;title=" height="86" width="535" frameborder="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Hannelore Guittet</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Photographies :</strong> Asterio Tecson (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.en" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>), Sean Campbell (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.en" target="_blank">CC BY-NC-SA 2.0</a>)</p>
<p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/02/23/amnesic-3-une-histoire-du-rock-subjective-too-young-to-die/">Amnesic #3 &#8211; Une histoire du rock subjective : Too young to die</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Witch Hunt</title>
		<link>http://cordesetames.com/2013/02/14/witch-hunt/</link>
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		<pubDate>Thu, 14 Feb 2013 09:24:53 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Jazz & Musiques improvisées]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Si être élitiste, c'est avoir une exigence, et rechercher des formes d'expression qui ont fait l'objet d'un vrai travail sur le temps, d'une longue maturation, alors oui, je revendique d'être élitiste. (...) Être élitiste, c'est respecter le public en ne le flattant pas avec des choses faciles et complaisantes, mais en lui proposant le fruit d'un long cheminement personnel. En vérité, c'est une question d'éthique.</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/02/14/witch-hunt/">Witch Hunt</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;"> <img class="alignleft size-medium wp-image-5192" alt="saxtoy - paloetic - CC BY-NC-SA 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/saxtoy-paloetic-CC-BY-NC-SA-2.0-187x250.jpg" width="220" height="294" />Alex Hoffman</h4>
<p style="text-align: justify;">Le saxophoniste new-yorkais Alex Hofmann fait beaucoup de bruit depuis quelques jours dans la jazzosphere qui s&rsquo;excite à nouveau de l&rsquo;arène qu&rsquo;il a ouverte et de son odeur de sang si forte qu&rsquo;elle attire tous le musiciens du monde vers sa page FB (avec son lot d&rsquo;outrances et d&rsquo;indignités qui n&rsquo;est pas sans rappeler le débat qui s&rsquo;est tenu ici et qui a déclenché notre processus de consultation). L&rsquo;étincelle fut allumée par ces simples mots sur son mur FaceBook : <em>Fuck Wayne Shorter</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de continuer plus avant, je tiens à dire ici que je ne partage pas du tout ses goûts musicaux ni son point de vue philosophique qui vise à penser que la vie n&rsquo;est pas un cadeau et que toute émotion, toute notion de distraction, &laquo;&nbsp;d&rsquo;entertainment&nbsp;&raquo;, n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion qui nous tient éloignés de notre réelle condition d&rsquo;esclave. La fonction primaire de l&rsquo;art serait par conséquent de combattre avec ardeur cette tentation à l&rsquo;émotion qui est vécue par lui comme une supercherie, une fraude. Tout artiste qui céderait à cette tentation ne mériteraient pas à ses yeux ce vocable. Pour ceux qui parlent anglais, un résumé des sa pensée sur ce <a href="http://decanting-cerebral.tumblr.com/" target="_blank">Blog</a>. Force est de reconnaitre une certaine logique et un certain panache dans ce gros coup de gueule, notamment quand il dit qu&rsquo;il n&rsquo;a que faire d&rsquo;une carrière professionnelle.</p>
<h4 style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-5178" alt="wayne shorter - bruno bollaert - CC BY-NC-ND 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/wayne-shorter-bruno-bollaert-CC-BY-NC-ND-2.0-166x250.jpg" width="184" height="277" />Wayne Shorter</h4>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part, ce sont mes émotions qui me soulagent de ma condition d&rsquo;homme, et surtout le fait de les partager avec mes congénères, mais ce n&rsquo;est pas le sujet de ce billet, et je ne serai pas de ceux qui tireront sur l&rsquo;ambulance. Car on devine bien à travers cette position radicale, l&rsquo;expression d&rsquo;un profond mal-être et d&rsquo;une grande frustration. Au passage, faut-il que nous soyons si peu sûr de nous-même pour qu&rsquo;une charge contre le musicien de jazz vivant le plus consensuel (Shorter) nous mette dans un tel état d&rsquo;hystérie collective ? Lui ne tire pas précisément sur une ambulance et je lui trouve du courage à s&rsquo;en prendre à une telle icône (que pour ma part j&rsquo;adore absolument, toutes périodes confondues, avec néanmoins quelques réserves sur son dernier quartet, mais vous vous en foutez et vous avez bien raison).</p>
<p style="text-align: justify;">En vérité, je partage certaines de ses frustrations et je trouve salutaire de lire de la part d&rsquo;un musicien que l&rsquo;art et l&rsquo;entertainment ce n&rsquo;est pas la même chose. C&rsquo;est encore plus fort quand c&rsquo;est un américain qui le dit, dans un pays qui n&rsquo;a jamais fait cette distinction. Mais de ce ce côté-ci de l&rsquo;Atlantique, sommes-nous beaucoup plus sages ? Ne sommes-nous pas entrés en plein diktat de l&rsquo;opinion publique nous aussi ? Ce qui vaut pour les politiques, les émissions de télé et de radio, ne vaut-il pas pour le jazz désormais ?</p>
<h4 style="text-align: justify;">Alain Jean-Marie</h4>
<p style="text-align: justify;">Trop de projets viennent truster les scènes des festivals de jazz quand ils entretiennent un rapport à cette musique par trop superficiel et anecdotique, un peu comparable au rapport que les jeunes candidats à la star academy ont avec le rock ou la pop, ou au rapport que Citroën entretient avec la peinture de Pablo Picasso. Je n&rsquo;ai rien contre le cross-over (même si dans la majorité des cas, les deux, trois, voire quatre styles et cultures associés en ressortent bien plus appauvris qu&rsquo;enrichis) mais j&rsquo;ai un très gros problème quand je lis presque partout que c&rsquo;est l&rsquo;avenir du jazz.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5182" alt="legojazzclub - JoshSemans - CC BY 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/legojazzclub-JoshSemans-CC-BY-2.0-250x187.jpg" width="250" height="187" />Dans les années 90 il fallait se battre contre l&rsquo;idée très largement répandue selon laquelle la musique électronique constituait une modernité, une avancée sur la musique acoustique. On voit bien ce qu&rsquo;il en a été. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le cross-over. Tous ces trios de pianos qui proposent une musique aux accents pop/rock sans épaisseur ni saveur, comment ont-ils construits leur parcours ? Dans l&rsquo;étude des maîtres ou la mise en place d&rsquo;un plan marketing ? Sont-ils seulement allés écouter l&rsquo;immense Alain Jean-Marie ? Connaissent-ils Nelson Veras ? Qu&rsquo;ont-ils écouté en somme ? Que savent-ils de cette musique, de ses exigences mélodiques, harmoniques, rythmiques, de forme et de son ? À les entendre malheureusement pas grand chose, et je souffre quand je vois le peu de discernement dont font preuve ceux qui les programment et les portent au pinacle, au détriment de musiciens autrement plus créatifs et profonds.</p>
<h4 style="text-align: justify;">Jonathan Finlayson</h4>
<p style="text-align: justify;">Jonathan Finlayson ou Ralph Alesi jouent des quarts de tons depuis au moins 15 ans, et ils le font sans pistons supplémentaires ni storytelling, avec une musique que je n&rsquo;aurais pas la cruauté de comparer à celle d&rsquo;Ibrahim Maalouf.<span class="pullquote"><!-- Les musiciens plus faciles et plus média-friendly ont toujours été privilégiés sur ceux qui étaient plus novateurs, plus exigeants et plus profonds. Soit, et alors ? Est-ce une raison pour ne pas s'en offusquer et le déplorer publiquement ? --></span> Il faut lire pourtant les réactions des internautes (voir ce billet sur <a href="http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/140113/ibrahim-maalouf-reprend-le-souffle-de-miles-davis?onglet=commentaires" target="_blank">Médiapart</a>, et les commentaires&#8230;.) quand on ose critiquer ce musicien qui court les plateaux télé, et qui est probablement celui qui va le plus tourner cette année. Je n&rsquo;ai pas le sentiment là non plus de tirer sur une ambulance. Qu&rsquo;on songe pourtant au décalage de traitement entre ces deux trompettistes essentiels, (Alesi et Finlayson) que ce soit dans la presse ou sur les scènes avec le traitement médiatique d&rsquo;un Maalouf. Si cet avènement du jazz bling-bling, du jazz cellophané est si frustrant c&rsquo;est parce que nous savons la richesse de la production qui est maintenue dans l&rsquo;ombre par des programmateurs contraints et frileux.</p>
<p style="text-align: justify;">On m&rsquo;objectera que cela a toujours était ainsi. Les musiciens plus faciles et plus média-friendly ont toujours été privilégiés sur ceux qui étaient plus novateurs, plus exigeants et plus profonds. Soit, et alors ? Est-ce une raison pour ne pas s&rsquo;en offusquer et le déplorer publiquement ? Les musiciens sont-ils devenus si peureux maintenant qu&rsquo;aucune prise de position un peu critique ne soit possible sans risquer une sanction professionnelle définitive ? Et si tel est le cas désormais, si cette parole ne peut plus se dire, n&rsquo;est-ce pas là la démonstration éclatante d&rsquo;une situation devenue totalement délétère que ce billet veut dénoncer ? Avons-nous oublié les polémiques qui ont émaillé l&rsquo;histoire du jazz dans les années de grandes évolutions et de fortes personnalités ? Monk (que j&rsquo;adore) ne s&rsquo;est-il pas levé pour aller aux toilettes quand, lors d&rsquo;un blindfold test, le journaliste lui a passé un morceau de Oscar Peterson (que j&rsquo;aime beaucoup) ? Que ferait-il aujourd&rsquo;hui ? N&rsquo;a-t-on plus le droit d&rsquo;exprimer un opinion divergente quand on est musicien ?</p>
<h4 style="text-align: justify;">Thelonious Monk</h4>
<p style="text-align: justify;">Plus grave encore ; la critique est encore moins permise quand elle s&rsquo;adresse aux professionnels qui vivent de nous programmer, de nous sélectionner et en définitive de nous juger. Disons-le tout net, celle-ci est suicidaire. À moins que les musiciens &#8211; comme leurs confrères américains sont en train de le comprendre &#8211; aient de nouveau le courage de reprendre un peu leur destin en main, et n&rsquo;aient plus peur de dénoncer les dérives qui minent notre communauté.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5185" alt="thelonious monk - jonas lindgren - CC BY-NC 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/thelonious-monk-jonas-lindgren-CC-BY-NC-2.0-187x250.jpg" width="214" height="287" />Le 5 février, je suis allé au Duc des Lombards pour écouter le quartet atypique de l&rsquo;incroyable Guillermo Klein avec Aaron Goldberg, Miguel Zenon et Chris Cheek (je note que tous les artistes qui figuraient dans les pilotes d&rsquo;émissions que j&rsquo;avais soumis à Sébastien Vidal et qui furent à l&rsquo;origine de ce blog ont quasiment tous été programmés au Duc depuis… je ne peux que m&rsquo;en réjouir). Je me souviens avoir évoqué son groupe Los Guachos avec l&rsquo;ami Frank Bergerot à la terrasse du Cavalier Bleu il y a&#8230; treize ans ! Combien de double-pages lui ont été consacrées depuis dans la presse spécialisée française ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je n&rsquo;intellectualise pas le jazz. Je ne suis pas quelqu&rsquo;un qui écoute avec son cerveau, en privilégiant systématiquement la musique compliquée et cérébrale sur d&rsquo;autres formes plus triviales. Au contraire, ce que je recherche avant tout, c&rsquo;est d&rsquo;être ému, touché, comme je l&rsquo;explique en début de billet. De toute façon je me méfie beaucoup de cette distinction. Coltrane, en introduisant ses harmonisations en tierce majeure, faisait un travail cérébral. Mais au final, ça se traduit par une musique d&rsquo;un profond lyrisme, et tous les musiciens un peu sérieux aujourd&rsquo;hui travaillent les &laquo;&nbsp;Coltrane Changes&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jazz, c&rsquo;est comme le bon vin. Plus on en boit, plus on apprend à l&rsquo;apprécier, et plus on se détourne des produits aux saveurs trop saturées et finalement assez pauvres, genre vieilli en fût de chêne, saveurs qui peuvent sembler flatteuses aux novices mais qui ne trompent pas les connaisseurs qui eux sont passés à autre chose depuis longtemps et ne se contentent plus de produits à une seule facette mais veulent des choses plus riches, plus profondes.</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote pqRight"><!-- Être élitiste, c'est respecter le public en ne le flattant pas avec des choses faciles et complaisantes, mais en lui proposant le fruit d'un long cheminement personnel. En vérité, c'est une question d'éthique. --></span>Je vois déjà poindre le procès en élitisme. Si être élitiste, c&rsquo;est avoir une exigence, et rechercher des formes d&rsquo;expression qui ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;un vrai travail sur le temps, d&rsquo;une longue maturation, alors oui, je revendique d&rsquo;être élitiste.<br />
Car c&rsquo;est tout le contraire de la &laquo;&nbsp;culture&nbsp;&raquo; de masse, de la politique du plus grand dénominateur commun telle qu&rsquo;elle est pratiquée sur les grands médias, et dont on voit ce qu&rsquo;elle produit comme pauvreté et comme vulgarité. Être élitiste, c&rsquo;est respecter le public en ne le flattant pas avec des choses faciles et complaisantes, mais en lui proposant le fruit d&rsquo;un long cheminement personnel. En vérité, c&rsquo;est une question d&rsquo;éthique.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne cherche pas à plaire à toute le monde, ni même au plus grand nombre. Je veux simplement livrer un travail qui sera le plus honnête possible, et qui reflétera le mieux le musicien que je suis, ou plutôt que je deviens. Et je suis attiré vers les musiciens qui ont cette attitude. Pat Metheny dit : &laquo;&nbsp;<em>ce qui est le plus personnel, et aussi le plus universel&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Une fois que j&rsquo;ai dit ça, je ne dis pas qu&rsquo;il faut bannir les formes plus &laquo;&nbsp;light&nbsp;&raquo; de jazz telles que mentionnées dans ce billet. Il en faut pour tous les goûts, sans aucun doute. Mais je ne crois pas du tout à l&rsquo;argument qui consiste à dire que programmer ces artistes populaires va faire venir les gens au jazz plus souverain. C&rsquo;est même tout le contraire qui se produit.<br />
D&rsquo;année en année, les programmations des festivals cèdent de plus en plus la place à ces formes allégées au détriment d&rsquo;artistes plus authentiquement &laquo;&nbsp;jazz&nbsp;&raquo;, plus intègres (dans toutes les formes et styles que ce vocable revêt). Et c&rsquo;est normal !<br />
Quand votre public est constitué de gens qui n&rsquo;écoutent pas du tout cette musique, qui n&rsquo;ont pas la culture des maîtres, qui ne connaissent pas autre chose que ce que les festivals programment, ils ne sont pas prêt à entendre un Jonathan Finlayson. Autrement dit, je crois que plus l&rsquo;on programme des Ibrahim Maalouf et consorts, moins on programme Jonathan Finlayson ou Nelson Veras.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 5 février au Duc, le pianiste et compositeur argentin Guillermo Klein a joué devant 25 personnes (dont cinq élèves à moi) au deuxième set. C&rsquo;était pourtant la plus belle musique et le plus beau groupe que j&rsquo;ai entendu rue des Lombards depuis très longtemps. Certainement pas une musique qu&rsquo;on peut qualifier de cérébrale.</p>
<p style="text-align: center;"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/HDYS5e7fD3E" height="315" width="560" allowfullscreen="" frameborder="0"></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Chez lui, il y a tout ce que j&rsquo;aime (lyrisme, sens profond de la mélodie et de l&rsquo;harmonie, extraordinaire discours rythmique qui est le fruit d&rsquo;un travail de plus de quinze ans, magnifique maîtrise de l&rsquo;écriture, des timbres, de l&rsquo;espace, sens aigu de la dramaturgie et du jeu collectif, etc.), et il n&rsquo;y a rien de ce que je n&rsquo;aime pas (discours à l&rsquo;énergie mais sans substance, pauvreté du vocabulaire <span style="color: #888888;"><span style="color: #000000;">mélodique</span>,</span> rythmique et harmonique, effets de manches faciles et entendus partout, souci de faire branché ou moderne, son vulgaire et finalement pas maîtrisé, postures et clichés qui ne visent qu&rsquo;à séduire).<br />
Peut-être que si cet artiste était plus souvent relayé sur les ondes des radios ou dans la presse spécialisée, il connaîtrait un meilleur sort par chez nous.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout n&rsquo;est qu&rsquo;affaire d&rsquo;équilibre, hors je pense que nous vivons une dérive où de moins en moins d&rsquo;artistes comme lui sont programmés, entrainant un phénomène de dichotomie entre la réalité de l&rsquo;état de cette musique et la perception qu&rsquo;en a le public.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir, je me contre-fous du nombre de Like que ce billet va récolter sur Facebook. En revanche j&rsquo;aimerais bien entendre un peu plus les musiciens français dont la voix porte pour exprimer ces frustrations que je vous sais nombreux à partager en privé.</p>
<p style="text-align: right;"><strong><a href="http://revolution-de-jazzmin.blogspot.fr/" target="_blank"> Laurent Coq</a></strong></p>
<p><strong>Photographies :</strong> Jonas Lindgren (<a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.en" target="_blank">CC BY-NC 2.0</a>), Paloetic (<a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.en" target="_blank">CC BY-NC-SA 2.0</a>), Bruno Bollaert (<a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.en" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>), Josh Semans (<a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.en" target="_blank">CC BY-2.0</a>)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
Note De l&rsquo;Éditeur :</strong> Nous rappelons à l&rsquo;occasion de l&rsquo;article de Laurent Coq que Cordes et Âmes est non seulement un label numérique dédié en grande partie à l&rsquo;auto-production mais aussi un webzine : espace de médiatisation qui se veut ouvert à la diversité musicale. Cordes et Âmes, par ses actions concrètes de construction d&rsquo;un réseau, de communication, de distribution, d&rsquo;édition est pour l&rsquo;artiste-producteur le moyen idéal de rester maître de son œuvre et de son image. Avec une mutualisation de nos moyens, de nos actions, cette aventure demeurera indépendante et notre message sera de plus en plus entendu. Ainsi, beaucoup de projets artistiques originaux (diversité à laquelle nous tenons tous) verront le jour, pour la plus grande satisfaction des mélomanes et des Internautes.</p>
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		<title>Streaming, à qui profite le crime ?</title>
		<link>http://cordesetames.com/2013/02/07/streaming-a-qui-profite-le-crime/</link>
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		<pubDate>Thu, 07 Feb 2013 08:54:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hannelore Guittet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>L'économie du streaming, bien que basée sur des projections à plus long terme, est à l'heure actuelle largement déficitaire, et ne rémunère pas les artistes. (...) Spotify n'en a cure, (...) et a en effet décidé de supprimer purement et simplement toute possibilité d'acheter, et donc de posséder un album de musique. De quoi se mettre Bruce Willis à dos, à qui on prêtait l'intention d'attaquer Apple en justice afin de pouvoir léguer sa bibliothèque iTunes à ses filles.</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/02/07/streaming-a-qui-profite-le-crime/">Streaming, à qui profite le crime ?</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-5003" alt="fuck spotify" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/01/fuck-spotify.jpg" width="257" height="267" />Janvier 2013, Virgin dépose le bilan, et HMV (équivalent de la Fnac en Angleterre), ferme ses enseignes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le CD serait-il définitivement enterré ? Bientôt collector ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a fort à parier qu&rsquo;il devienne en tout cas un objet réservé à la vente post-concert, dans des tirages limités à environ 1000 exemplaires.</p>
<p style="text-align: justify;">En parallèle, le Midem à Cannes s&rsquo;achève&#8230;sur l&rsquo;annonce par Qobuz de la mort du mp3.<br />
Fidèle à sa démarche, le distributeur français consacre définitivement les fichiers non compressés et se démarque ainsi plus que jamais de la concurrence, que ce soit sur le terrain des offres de streaming (Spotify et Deezer en tête), ou des téléchargements unitaires (iTunes).</p>
<p>Le groupe suédois Spotify a lui annoncé il y a peu la mort du téléchargement par album, pour ne se dédier qu&rsquo;au streaming.</p>
<p style="text-align: justify;">De l&rsquo;autre côté de l&rsquo;Atlantique, iTunes réfléchirait au développement d&rsquo;une offre de streaming&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Guerre des muscles ? Si même Big Apple commence à bouger ses lignes après des années d&rsquo;immobilisme, serait-ce qu&rsquo;un nouveau modèle finirait par émerger ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait maintenant un bail que l&rsquo;économie de l&rsquo;industrie du disque s&rsquo;est effondrée, et pourtant, les alternatives peinent à pointer le bout du nez.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors qu&rsquo;on ne parle que de développement durable, la musique a fait le tour de force de foncer tête baissée en misant sur un business model friable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-3445" alt="spotify -aren't you alex spencer - CC BY-SA 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2012/08/spotify-arent-you-alex-spencer-CC-BY-SA-2.0-300x107.jpg" width="250" height="100" />L&rsquo;économie du streaming, bien que basée sur des projections à plus long terme, est à l&rsquo;heure actuelle largement déficitaire, et ne rémunère pas les artistes. L&rsquo;équation entre des abonnements illimités à 5 euros par mois et les minimums garantis exigés par les majors pour la location (jusque plusieurs centaines de milliers d&rsquo;euros par an) de leurs catalogues aux plates-formes de streaming n&rsquo;est pas équilibrée.</p>
<p style="text-align: justify;">Spotify n&rsquo;en a cure, et met tous ses œufs dans le même panier. Après s&rsquo;être fait prendre à son propre piège de l&rsquo;appât gratuit (seul un quart de ses 20 millions d&rsquo;utilisateurs ont un compte payant), Spotify a en effet décidé de supprimer purement et simplement toute possibilité d&rsquo;acheter, et donc de posséder un album de musique.<br />
<span class="pullquote pqLeft"><!-- C'est bien de militantisme qu'on parle maintenant parfois pour désigner le simple achat d'un album...on croit rêver. Transposé à n'importe quel autre produit de consommation, le terme ferait sourire. On ne va pas acheter sa baguette de pain avec un drapeau CGT en hurlant des slogans. --></span>De quoi se mettre Bruce Willis à dos, à qui on prêtait l&rsquo;intention d&rsquo;attaquer Apple en justice afin de pouvoir léguer sa bibliothèque iTunes à ses filles. L&rsquo;info serait en réalité un canular, mais est néanmoins révélatrice d&rsquo;une problématique d&rsquo;actualité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tout virtuel ? Pourquoi pas &#8211; la finalité à terme est entre autres d&rsquo;éviter toute possibilité de piratage&#8230;mais à condition d&rsquo;être rentable !</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, le téléchargement illégal fait l&rsquo;objet d&rsquo;études contradictoires, qui reflètent les positions des différents lobbys en scène. La dernière étude de la Hadopi montre que les pirates consommeraient autant de produits culturels dématérialisés que le reste de la population.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, à qui profite le crime ?</p>
<p style="text-align: justify;">En ce sens, Qobuz a au moins le mérite d&rsquo;une autocritique constructive en assumant des abonnements plus coûteux (jusque 29.99 euros par mois), qui outre valoriser la qualité CD et HD de son catalogue, permet surtout d&rsquo;envisager un modèle économique un brin plus viable que ses voisins, et poser ainsi les bases d&rsquo;une réflexion sur la juste rémunération des créateurs de contenus culturels numériques.</p>
<p style="text-align: justify;">Ou comment s&rsquo;assumer réac quand les digital natives qui ont grandi avec des mp3s piratés dans leurs biberons ne conçoivent pas de débourser plus de 5 euros par mois pour un gavage illimité de musique. Pour reprendre les termes de Laurianne Corneille dans son article &laquo;&nbsp;<a href="http://cordesetames.com/2013/02/04/du-glissement-entre-art-et-culture/" target="_blank">Du glissement entre Art et culture</a>&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;<em>C&rsquo;est donc ici que se pose le problème de la consommation numérique de masse. (&#8230;) On a tout, on a accès à tout, mais on n&rsquo;apprend toujours pas à trier</em>.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;autocritique est donc louable, mais probablement pas suffisante&#8230;Dans quelle mesure est-il possible de faire marche arrière, et exiger des consommateurs de payer plus&#8230;pour avoir moins ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il est trop tard pour faire plus que de petits ajustements. Croyants ou pratiquants, abonnés payants ou utilisateurs occasionnels, notre génération s&rsquo;est appropriée le streaming musical comme &laquo;&nbsp;<em>la radio du 21e siècle&nbsp;&raquo;, </em>pour citer Neil Young.</p>
<p style="text-align: justify;">La curiosité à l&rsquo;aveugle n&rsquo;existe plus, plus personne n&rsquo;achète un album sans en avoir écouté au moins un extrait, voire l&rsquo;intégralité.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-5120" alt="Visuel Sallie Ford" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/02/Visuel-Sallie-Ford-250x250.png" width="294" height="294" />Les artistes l&rsquo;ont bien compris d&rsquo;ailleurs, Andrew Bird et Sallie Ford &amp; The Sound Outside, par exemple, ont mis en écoute intégrale leurs dernier et avant-dernier album (<a href="http://www.andrewbird.net/" target="_blank">Hands of Glory</a> et <a href="http://www.sallieford.com/Home.html" target="_blank">Dirty Radio</a>, respectivement) sur leurs sites internet. Pari risqué ? Incitation subliminale à un militantisme actif d&rsquo;une fanbase reconnaissante ?<br />
Car c&rsquo;est bien de militantisme qu&rsquo;on parle maintenant parfois pour désigner le simple achat d&rsquo;un album&#8230;on croit rêver. Transposé à n&rsquo;importe quel autre produit de consommation, le terme ferait sourire. On ne va pas acheter sa baguette de pain avec un drapeau CGT en hurlant des slogans.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est donc plus que jamais urgent de penser un modèle économique pérenne pour l&rsquo;exploitation de produits culturels sur internet, et en particulier de la musique. Pascal Nègre, directeur d&rsquo;Universal, est monté au créneau pour proposer une taxation de Google, et financer ainsi le contenu référencé par son moteur de recherche, au même titre que la presse. Dans le même ordre d&rsquo;idées, on attend toujours une avancée concrète du gouvernement concernant une éventuelle taxation des FAI  (fournisseurs d&rsquo;accès à internet).</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote pqLeft"><!-- Il est grand temps de faire le deuil du CD, et de prendre une bonne fois pour toutes le virage du numérique --></span>Quoiqu&rsquo;il en soit, il est grand temps de faire le deuil du CD, et de prendre une bonne fois pour toutes le virage du numérique. <a href="http://www.liberation.fr/economie/2013/01/29/un-candidat-a-la-reprise-de-virgin-en-appelle-a-l-aide-de-l-etat_877556" target="_blank">Sauver le Virgin Megastore, comme le plaide Patrick Zelnik</a>, directeur de Naïve, n&rsquo;est pas une priorité, en tout cas certainement pas avec des subventions d’État. Il serait plus judicieux de songer à adapter les conditions d&rsquo;octroi d&rsquo;aides à la nouvelle réalité économique et technologique, et de reconnaître ainsi pleinement le format numérique en tant que tel : quasiment tous les dispositifs existant sont en effet subordonnés à une distribution physique. Une aberration, en 2013 ! Quant à la presse spécialisée, quand se décidera t-elle à s&rsquo;intéresser aux labels numériques ?</p>
<p style="text-align: justify;">Aurélie Filippetti s&rsquo;est saisie de ces enjeux et n&rsquo;a de cesse d&rsquo;encourager le développement de nouvelles plates-formes de téléchargement légal, mais il faut aller plus loin. Les mentalités ont d&rsquo;ores et déjà changé, maintenant c&rsquo;est tout le fonctionnement institutionnel et professionnel qui doit évoluer pour faire de ce vœu une réalité.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Hannelore Guittet</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Photographies : </strong>Aren&rsquo;t you Alex Spencer (<a href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/" target="_blank">CC BY-SA-2.0</a>), Visuel de Dirty Radio/Sallie Ford &amp; The Sound Outside, avec l&rsquo;aimable autorisation de <a href="http://fargorecords.com/" target="_blank">Fargo Records</a>.<strong><br />
</strong></p>
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		<title>L&#8217;Art au XXIe siècle sera engagé ou ne sera pas #9 &#8211; Du glissement entre Art et culture</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Feb 2013 10:23:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurianne Corneille</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[Music Lab]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[cordes et âmes]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Un numéro de Télérama titrait il y a quelques mois « Nos enfants et la culture », et proposait un dossier sur la transmission culturelle à l’ère numérique (…) se pose le problème de la consommation numérique de masse (...) On a tout, on a accès à tout, et on n’apprend toujours pas à trier…
Dis-moi ce que tu as vu, écouté, lu, et je te dirai ce que tu vaux. Curieuse façon de chercher à convier la population au phénomène artistique</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/02/04/du-glissement-entre-art-et-culture/">L&rsquo;Art au XXIe siècle sera engagé ou ne sera pas #9 &#8211; Du glissement entre Art et culture</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-5045" alt="singes de la sagesse - zhou liwei - CC BY-SA 2.0" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/01/singes-de-la-sagesse-zhou-liwei-CC-BY-SA-2.0.jpg" width="402" height="267" />Un numéro de Télérama titrait il y a quelques mois « <em>Nos enfants et la culture</em> », et proposait un dossier sur la transmission culturelle à l’ère numérique. Le tout était couronné de débats organisés au Centre Pompidou.<br />
Ah, le douteux concept de culture… et bien on n’en est toujours pas sorti…</p>
<p style="text-align: justify;">Quel intérêt la culture présente-t-elle ? Et puis, c’est quoi la culture pour le citoyen lambda ?</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui me concerne, je ne me suis jamais imaginée assoir ma domination terrestre par le vecteur « culture » et je ne cherche pas à être « cultivée ». Autrement dit, la culture est pour moi le résultat d’un ensemble de découvertes, d’expériences et d’apprentissages qui forment une entité… mais la résultante a posteriori. En aucun cas un but.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette problématique n’est pas une nouveauté : la culture est systématiquement érigée au rang de qualité, de vertu. Comme si la capacité d’absorption d’une personne pouvait définir ses quotients intellectuels et émotionnels. Comme si faire joujou mentalement avec des symboles, des notions artistiques, témoignait d’une appréhension directe de l’Art.</p>
<p style="text-align: justify;">(Aujourd’hui, faire de sa vie une œuvre d’art, c’est modeler des concepts à l’extérieur de soi : se vêtir, créer sa playlist, autant de satellites et pas toujours de centre…).</p>
<p style="text-align: justify;"><span class="pullquote"><!-- Dis-moi ce que tu as vu, écouté, lu, et je te dirai ce que tu vaux. Curieuse façon de chercher à convier la population au phénomène artistique… --></span>Dis-moi ce que tu as vu, écouté, lu, et je te dirai ce que tu vaux. Curieuse façon de chercher à convier la population au phénomène artistique…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’art se vit-il ? Ceux qui font l’art &#8211; les artistes-peuvent le vivre, mais le public peut-il vivre dans l’art et s’en nourrir à même la source ?</p>
<p style="text-align: justify;">Si la culture se caractérise par la manipulation intellectuelle d’un objet, l’art semble en être l’aspect tangible (du latin ars, artis : habileté, activité) ou vécu. On pose le problème de l’esprit contre celui du cœur. Vieille dichotomie et vieux mal français. La patrie de Descartes et de Voltaire semble avoir du mal à se contenter de ce qu’elle ressent sans se sentir obligée d’en disséquer le contenu.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors peut-on espérer une manipulation de l’art par le public, c’est-à-dire une immersion dans la matière, dans le cœur ? Oui, sans doute en créant du lien. Le dialogue entre artiste et public est nécessaire &#8211; encore faut-il que l’artiste ait envie d’échanger … La démarche active (à opposer à la démarche potentiellement passive de la consommation de la culture numérique), suppose une dimension autre de la part de l’artiste, accompagnée d’une réflexion mûrie et évolutive. Cela implique d’avoir à cœur de faire participer le public au projet (de l’art à l’éducation, il n’y a qu’un pas). Il existe à ce titre quantité de moyens à utiliser (incluant les médias) : plateformes internet, workshops, mais aussi enseignement.  Enseigner (art qui peut avoir différents visages), c’est surtout apprendre à apprendre. Et si apprendre à apprendre, donc à accepter ou à rejeter, était l’aboutissement de toute vocation artistique digne de ce nom ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à la problématique : l’art est la source vive, la matière agissante qui trouve une forme différente en chacun de nous. La culture est l’uniformisation. Par art, j&rsquo;entends individualité. C’est ce qui va modeler le paysage intérieur, confortant les différences, réconfortant les angoisses. C’est le lieu privilégié de notre propre construction. Mais cette dimension de l’homme happé par l’Art ne se fait que par nécessité, par envie, par résonance. L’appropriation de l’Art est active. Finalement, l’art qui nourrit est celui que l’on choisit, avec ses tripes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix. La sélection. La réflexion. C’est donc ici que se pose le problème de la consommation numérique de masse et de la <a href="http://cordesetames.com/2011/09/05/la-marchandisation-de-la-musique/" target="_blank">« marchandisation » de l’Art</a>.<br />
On a tout, on a accès à tout, et on n’apprend toujours pas à trier…</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Laurianne Corneille</strong></p>
<p style="text-align: left;"><strong>Photographie :</strong> Zhou Liwei (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/" target="_blank">CC BY-SA-2.0</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">.</p>
<p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/02/04/du-glissement-entre-art-et-culture/">L&rsquo;Art au XXIe siècle sera engagé ou ne sera pas #9 &#8211; Du glissement entre Art et culture</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;aventure continue&#8230; avec Qobuz et cd1d</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jan 2013 16:13:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>c&#38;a</dc:creator>
				<category><![CDATA[Music Lab]]></category>
		<category><![CDATA[Musique et Société]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Comme vous êtes de plus en plus nombreux à suivre les aventures de notre petit label numérique, c&#8217;est avec grand plaisir que nous vous informons de nos avancées dans le monde de l&#8217;industrie musicale. Le catalogue de Cordes et Âmes sera dorénavant distribué sur Qobuz, le premier distributeur numérique à mettre en avant la qualité [...]</p><p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/01/28/laventure-continue-qobuz-cd1d/">L&rsquo;aventure continue&#8230; avec Qobuz et cd1d</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-5032" alt="qobuz cd1d et cordesetames.com" src="http://cordesetames.com/wp-content/uploads/2013/01/image-qobuz-cd1d-250x187.jpg" width="250" height="187" />Comme vous êtes de plus en plus nombreux à suivre les aventures de notre petit label numérique, c&rsquo;est avec grand plaisir que nous vous informons de nos avancées dans le monde de l&rsquo;industrie musicale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le catalogue de Cordes et Âmes sera dorénavant distribué sur <a title="Qobuz" href="http://www.qobuz.com" target="_blank">Qobuz</a>, le premier distributeur numérique à mettre en avant la qualité technique des fichiers musicaux.<br />
C&rsquo;est pour nous la reconnaissance de notre démarche artistique et professionnelle mais aussi un formidable encouragement à poursuivre notre entreprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Et comme une bonne nouvelle n&rsquo;arrive jamais seule, Cordes et Âmes vient également de rejoindre la fédération des labels indépendants <a title="CD1D" href="http://www.cd1d.com" target="_blank">cd1d</a> !<br />
Notre catalogue étant principalement consacré à la musique classique, notre arrivée au sein de cette fédération porte un formidable souffle de renouveau pour ce répertoire : la filiation du classique au sein de la famille des &laquo;&nbsp;musiques actuelles&nbsp;&raquo;.<br />
Nous pensons sincèrement que notre démarche peut amener l&rsquo;écoute de la musique classique dans d&rsquo;autres réseaux. C&rsquo;est aussi une façon de rappeler que quelque soit leur spécialité musicale, les différents acteurs du monde de la musique sont tous complémentaires dans la différence.</p>
<p style="text-align: justify;">BONNE ANNÉE À TOUS !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Cet article <a href="http://cordesetames.com/2013/01/28/laventure-continue-qobuz-cd1d/">L&rsquo;aventure continue&#8230; avec Qobuz et cd1d</a> est apparu en premier sur <a href="http://cordesetames.com">Cordes et Âmes</a>.</p>]]></content:encoded>
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